Hélicoptère américain en Pologne à l’occasion de manœuvres militaires le mois dernier. Un quartier général américain sera installé en Pologne. ©AFP - Mateusz Wlodarczyk / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Hélicoptère américain en Pologne à l’occasion de manœuvres militaires le mois dernier. Un quartier général américain sera installé en Pologne. ©AFP - Mateusz Wlodarczyk / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Hélicoptère américain en Pologne à l’occasion de manœuvres militaires le mois dernier. Un quartier général américain sera installé en Pologne. ©AFP - Mateusz Wlodarczyk / NurPhoto / NurPhoto via AFP
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Résumé

Au Sommet de l’Otan, les États-Unis ont annoncé le plus important déploiement militaire en Europe depuis trente ans, pour dissuader toute velléité russe d’étendre la guerre d’Ukraine aux territoires des pays voisins.

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Dans les années 90, après la disparition de l’URSS, l’expression à la mode en Europe était « les dividendes de la paix ». La fin de la menace soviétique signifiait qu’on allait pouvoir réduire les dépenses militaires, les effectifs des forces américaines furent réduits à leur plus bas niveau depuis 1945.

Cette époque est depuis longtemps révolue, mais il aura fallu l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février, pour redonner un coup d’accélérateur dans l’autre sens. Au Sommet de l’Otan, les États-Unis ont donc annoncé leur plus grand déploiement militaire en Europe depuis trente ans. Un quartier général en Pologne, 5000 hommes en Roumanie, des rotations dans les États baltes, des avions F-35 au Royaume Uni, des navires en Espagne, des systèmes anti-aériens pré-positionnés en Italie et en Allemagne…

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Officiellement, c’est un dispositif défensif installé sur le territoire de l’Otan, et destiné à dissuader toute velléité russe d’élargir le champ de bataille ukrainien aux pays voisins. Mais l’ampleur du déploiement, qui s’ajoute aux efforts accomplis par les Européens eux-mêmes, en dit long sur la nouvelle ère dans laquelle nous sommes entrés.

Cela ne préfigure pas d’une intervention en Ukraine : la doctrine n’a pas changé. « Gagner la guerre sans la faire » reste la règle à l’Otan ; ou plutôt gagner la guerre en donnant aux Ukrainiens les moyens de la faire…

Le déploiement américain, mais aussi européen -la France a des forces en Estonie et en Roumanie- est d’abord destiné à rassurer les pays du flanc est de l’Europe qui sont les premiers exposés : lorsque la Russie menace la Lituanie à propos de l’approvisionnement de l’enclave russe de Kaliningrad ; ou quand Moscou menace la Norvège, membre de l’Otan, à propos des Russes stationnés sur l’archipel arctique du Svalbard.

Cette posture est censée dissuader la Russie de passer à l’action contre le moindre territoire de l’Otan. C’est le message qu’a voulu envoyer le Sommet de Madrid avec ce déploiement de force.

Cet effort militaire risque d’être inscrit dans la durée, non seulement le temps de la guerre d’Ukraine qui n’est pas près de s’arrêter, mais même au-delà, sur un continent redevenu zone d’instabilité.

Ce qui pose la question de l’engagement des opinions occidentales sur le long terme. La solidarité avec l’Ukraine est aujourd’hui largement majoritaire, mais ce soutien pourrait être affecté par l’inflation, des difficultés énergétiques l’hiver prochain, et le retournement économique. Le coût de l’accroissement des dépenses de défense vient s’ajouter à ce contexte.

Au cours de trois sommets consécutifs, le Conseil européen, le G7 et l’Otan, les Occidentaux n’ont donné aucun signe de faiblesse ou de division face à une guerre russe qui se poursuit. Au contraire, Poutine aura réussi à faire revenir massivement les Américains en Europe, un paradoxe alors qu’ils ne parlent depuis une décennie que de « pivot » vers l’Asie. Un véritable « effet boomerang ».