Le président turc Recep Tayyip Erdogan au sommet de l'OTAN à Madrid en juin 2022 ©Getty - Europa Press News
Le président turc Recep Tayyip Erdogan au sommet de l'OTAN à Madrid en juin 2022 ©Getty - Europa Press News
Le président turc Recep Tayyip Erdogan au sommet de l'OTAN à Madrid en juin 2022 ©Getty - Europa Press News
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Résumé

Le première cargaison de céréales devrait sortir d'Ukraine aujourd'hui. C'est surtout au président turc Erdogan que l'on doit cette réussite, pour des raisons qui tiennent à la géographie et à une vision très "poutinienne" du monde.

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Aujourd’hui, un premier chargement de céréales devrait quitter l’Ukraine par mer…

Ce sera le début d’un accord remarquable entre deux belligérants – la Russie et l’Ukraine – une organisation internationale, l’ONU qui retrouve là son rôle de facilitateur et surtout un triomphe personnel pour le président turc Recep Tayyip Erdogan.

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Un accord signé à Ankara il y a à peine 10 jours, supervisé par un groupe de coordination installé à Istanbul en quelques heures. Un aréopage chargé du suivi y compris militaires de ces cargaisons. On peut difficilement imaginer plus efficace !

Quant à l’enjeu, il est crucial pour chacun des participants : la Russie a besoin de montrer à l’Afrique qu’elle tient ses promesses de ne pas pénaliser avec sa guerre leurs économies fragilisées.

L’Ukraine a besoin de vider ses silos de la vingtaine de millions de tonnes de céréales qui s’y trouve stockée et de l’argent qu’elle représente. Erdogan a, lui, fait la démonstration qu’il était le vrai arbitre entre Moscou et Kiev; Pas la France ou les Etats-Unis mais bien la Turquie.

D’abord, il y a la géographie. Tant les exportations russes qu’ukrainiennes passent par les détroits contrôlés par les Turcs. Il faut avoir en tête qu’avant la guerre, un tiers des exportations russes passaient par la mer Noire.

C’est si vrai que le premier pays à avoir concrètement aidé l’Ukraine dans sa résistance à l’invasion russe est la Turquie d’Erdogan qui a fermé ces fameux détroits à la marine militaire russe, l’empêchant se renforcer depuis la Méditerranée.

Mais il y a aussi l’histoire récente : la Turquie est à la fois ce pays qui a fourni des drones de combat à l’Ukraine et qui a commandé à la Russie sa 1ère centrale nucléaire, à Akkuyu, dont un réacteur entrera en service l’année prochaine.

Toujours allié des Occidentaux...

C’est peut-être le plus étonnant de cette « remontada » turque : jamais la Turquie n’a semblé plus indispensable aux Etats-Unis et même à l’Europe. Elle reste un allié crucial au sein de l’OTAN, surtout en cette période de guerre qui se déroule littéralement à sa porte.

On l’a bien vu fin juin au sommet de l’Alliance atlantique à Madrid : sans l’accord d’Ankara, impossible d’accueillir la Suède et la Finlande. Erdogan a même obtenu de Joe Biden qu’il lui vende des avions F16 dont l’armée turque rêvait depuis des années.

A l’heure où la Russie entame une période d’isolement économique et diplomatique, l’Occident redécouvre que l’armée turque est la 2e plus importance au sein de l’OTAN que la Turquie est une économie ouverte et, qu’en plus, le pays a besoin d’argent frais.

Tout en ayant la confiance de Vladimir Poutine

Pour une raison assez simple : les deux hommes partagent au fond une vision autoritaire du pouvoir et impériale de leur pays respectif. Pour la Russie, c’est l’empire qui sans l’Ukraine n’est rien. Pour la Turquie, c’est plus complexe :

D’une certaine façon, Erdogan pense avoir, lui aussi, son Ukraine avec le Kurdistan turc et il ne s’est pas privé d’intervenir en Syrie et en Irak pour tenter de détruire ce qu’il estime être la base arrière des indépendantistes kurdes.

S’ils peuvent se combattre en Syrie ou en Libye, les deux hommes se respectent, parlent le même langage de l’Histoire et savent aussi conclure des accords rapides avec une délectation toute particulière – et commune aux deux – à écarter l’Occident, comme pour l’accord russo-ukrainien sur les céréales.