Que cherche Pékin en publie un ITW de Dmytro Kuleba (ici le premier avril 2022) ? - Attila Husejnow/SOPA Images/LightRocket
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Résumé

En publiant dans son intégralité une interview du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pékin envoie un avertissement à Moscou... tout en finesse.

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La Chine émet des signaux contradictoires sur la Russie et l’Ukraine

C’est très chinois en fait les signaux contradictoires : la volonté de n’humilier personne et surtout pas l’allié russe tout en délivrant quelques messages subtils – presque trop. La dernière de ces subtilités diplomatiques, c’était hier :

L’agence de presse officielle chinoise, Xinhua, a publié sur son site une interview avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères, M. Kuleba. Ce qui est remarquable, c’est que l’agence officielle a choisi de ne pas censurer les propos du ministre ukrainien qui accusent pourtant Moscou d’être l’agresseur et le laissent dire : « si l’on n’arrête pas la Russie maintenant, il y aura d’autres conflits dans les années qui viennent ».

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Puis M. Kuleba ajoute – toujours dans une interview qui a vocation à être reprise par toute la presse chinoise : « Nous ne faisons qu’exercer notre droit à l’autodéfense. L’Ukraine est un pays européen, nous n’accepterons jamais de servir d’État tampon entre Russie et Union européenne ».

Que cherche Pékin en publiant cette interview intégralement ?

Envoyer un avertissement à la Russie. Ce n’est pas la 1ère fois qu’elle le fait. Début mars, à la surprise générale, la Chine a refusé de livrer à Moscou des pièces détachées de Boeing ou d’Airbus que l’allié russe réclamait pour contourner l’embargo occidental.

Une semaine plus tard, la Chine a clairement fait savoir qu’elle n’avait pas l’intention d’envoyer des armes ou des munitions aux Russes. Il s’agit d’une simple déclaration d’intention mais elle avait été exigée comme préalable par les Américains.

Encore une fois, n’imaginez pas que la Chine humiliera Moscou à coup de déclaration à la Joe Biden traitant Vladimir Poutine de « boucher » ou qualifiant la guerre en Ukraine de « génocide ». Ce n’est pas comme ça que l’on fait de la diplomatie à Pékin.

En revanche, la Chine est très sensible au désordre économique créé par cette guerre : elle est, par exemple, est le premier importateur mondial de pétrole et de charbon et un des tous premiers de gaz. Or, elle paie ces hydrocarbures au même prix que nous !

De plus, cette guerre perturbe une économie chinoise très affectée par, d’une part, la reprise de l’épidémie de Covid19 et, d’autre part, par une crise immobilière que Pékin n’arrive pas entièrement à circonscrire.

Donc la conclusion, c’est que la Chine prend ses distances avec Moscou ?

Disons qu’elle envoie des signaux au reste du monde et donc à Moscou que troubler ainsi l’ordre du monde – et les intérêts chinois - ne peut pas durer beaucoup plus longtemps. Elle le fait à sa manière, tout en rondeur, mais clairement.

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Vu depuis Pékin, la Russie est un pays européen comme les autres. Au XIXe siècle, Moscou a réussi à arracher à la Chine de vastes territoires. C’est même le dernier pays à l’avoir fait en signant un de ces fameux « traités inégaux » qui a humilié la Chine.

N’imaginez pas que Pékin a oublié. La Chine n’oublie jamais, quelques soit les régimes qui s’y succèdent. Et ces subtils avertissements chinois sont une façon de rappeler à Moscou qu’il n’a plus vraiment les moyens de ses ambitions impériales.

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Anthony Bellanger
Anthony Bellanger