Installation gazière liée au gazoduc NordStream2 en Allemagne : difficile de se passer rapidement du gaz russe ©AFP - STEFAN SAUER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
Installation gazière liée au gazoduc NordStream2 en Allemagne : difficile de se passer rapidement du gaz russe ©AFP - STEFAN SAUER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
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Résumé

« Les sanctions commencent à faire sentir leurs effets », estime le responsable européen Josep Borrell ; pourtant, les Européens continuent de verser des milliards à Moscou et Vladimir Poutine n’a pas bougé d’un millimètre à cause de ces sanctions.

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Les historiens de la guerre d’Ukraine auront du mal à expliquer pourquoi l’Allemagne a versé plus de 10 milliards de dollars à la Russie depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, l’Italie et les Pays-Bas 8 milliards, la France 4 milliards… Prendre d’un côté des sanctions économiques pour punir la Russie de son agression, et de l’autre alimenter les caisses de l’agresseur…

Toute la difficulté de sanctionner la Russie tient en ces quelques chiffres. Ils disent d’abord le fait que cette guerre n’entrait pas dans les scénarios possibles des Européens, qui ont créé des liens de dépendance énergétique avec la Russie. Ils pensaient au contraire que ces échanges rendraient la guerre impossible, comme ce fut le cas entre la France et l’Allemagne lorsque fut créée la Communauté Charbon-Acier, ancêtre de l’Union européenne.

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Ces chiffres disent aussi la difficulté à réorienter des flux énergétiques assez rapidement : pendant des mois encore, l’Europe livrera des armes à l’Ukraine, et des milliards de dollars à la Russie… Ce n’est qu’une des contradictions de la politique de sanctions exceptionnelles prises par l’Union européenne et ses alliés occidentaux en six vagues successives depuis le 24 février ; Et dont l’efficacité fait débat.

Dans une tribune au "Journal du dimanche" hier, le Haut Représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère, Josep Borrell, prend la défense de l’efficacité de ces sanctions. « Elles commencent déjà à faire sentir leurs effets et elles le feront davantage encore au cours des prochains mois », écrit-il.

Il cite la réduction progressive du recours aux hydrocarbures russes, le fait que les sanctions limitent la capacité russe à produire des missiles de précision, et la prudence chinoise à livrer à Moscou des produits de haute technologie pour ne pas subir à son tour des sanctions. Pour l’heure, ces différentes mesures n’ont pas fait bouger d’un millimètre Vladimir Poutine.

L’une des faiblesses du mécanisme tient au fait qu’elles sont unilatérales de la part des Occidentaux, pas décidées par le Conseil de sécurité des Nations Unies ; c’est logique puisque la Russie dispose d’un véto.

La conséquence, c’est que ces sanctions sont volontaires et pas impératives. De ce fait, rien n’empêche les pays tiers de commercer avec la Russie, et certains ne s’en privent pas.

On pense d’abord à l’Inde, dont le premier ministre Narendra Modi, chantre d'un nouveau "non-alignement" était invité la semaine dernière au Sommet du G7 : New Delhi a fortement accru depuis février ses importations de pétrole russe, acheté à un prix réduit. Plus étonnant encore, l’Inde a importé du charbon russe, payé en Yuan, la monnaie chinoise ! Il y a là le risque d’émergence d’un monde parallèle, réduisant l’impact des sanctions sur le système de paiement Swift, libellé en dollars, au profit de la monnaie chinoise ; pas sûr que ce soit l’effet escompté.

Autre exemple de la complexité : un cargo rempli de céréales, parti d’un port ukrainien sous contrôle russe, est arrivé dans un port turc. L’Ukraine a crié au vol et a demandé à la Turquie, membre de l’Otan, de ne pas s’en rendre complice. Hier, la Turquie a bloqué le cargo pour enquête. Ce sera un test.

Le recours aux sanctions économiques a été imaginé il y a plus d’un siècle, après la première guerre mondiale, pour empêcher ou mettre fin aux conflits armés. On voit bien aujourd’hui, surtout lorsque l’agresseur est une grande puissance, que ces sanctions sont peut-être nécessaires, mais assurément pas suffisantes pour arrêter la guerre.