Char russe dans les ruines de Marioupol, où un dernier carré de résistants est enfermé dans l'aciérie d'Azovstal.
Char russe dans les ruines de Marioupol, où un dernier carré de résistants est enfermé dans l'aciérie d'Azovstal.
Char russe dans les ruines de Marioupol, où un dernier carré de résistants est enfermé dans l'aciérie d'Azovstal. ©AFP - Leon Klein / Anadlu Agency / Anadolu Agency via AFP
Char russe dans les ruines de Marioupol, où un dernier carré de résistants est enfermé dans l'aciérie d'Azovstal. ©AFP - Leon Klein / Anadlu Agency / Anadolu Agency via AFP
Char russe dans les ruines de Marioupol, où un dernier carré de résistants est enfermé dans l'aciérie d'Azovstal. ©AFP - Leon Klein / Anadlu Agency / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

Vladimir Poutine commémore la victoire sur le nazisme en utilisation l'histoire pour justifier son invasion de l'Ukraine, tandis qu'Emmanuel Macron célèbre l'Europe à Strasbourg. Deux visions du devenir européen à l'heure de la guerre sur le continent.

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Ce 9 mai n’aura pas la même signification ou le même goût selon qu’on se trouvera sur la place rouge à Moscou, dans les ruines du port ukrainien de Marioupol, ou au siège du Parlement européen à Strasbourg. Le hasard des calendriers a transformé cette journée en condensé symbolique des enjeux dramatiques du continent européen en 2022, un moment véritablement décisif.

Au passage, ce rendez-vous et les récits divergents auxquels il donne lieu, sont une manière limpide de réaliser, une fois de plus, à quel point l’histoire est une arme de combat ; jusqu’où elle peut être tordue, réécrite, manipulée et instrumentalisée, au profit des pires desseins.

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Depuis 75 jours, nous en avons l’illustration avec la manière dont Vladimir Poutine utilise l’argument de la « dénazification » pour justifier son invasion de l’Ukraine ; et ce 9 mai, anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie -c’est le 8 mai à l’ouest, mais le 9 en Russie- permet au Président russe de tout justifier. 1945-2022, le continuum historique imaginaire est au centre de sa guerre.

L’hypothèse avait été émise selon laquelle Vladimir Poutine souhaitait pouvoir annoncer aujourd’hui la victoire de son armée en Ukraine, pour faire ce lien avec la « Grande guerre patriotique » de l’URSS contre l’Allemagne nazie, source de légitimité et de gloire, y compris pour la Russie post-soviétique.

La guerre n’a pas tourné comme l’espérait Poutine

Et il n’y a qu’un contrôle absolu de l’information et un matraquage de propagande pour faire croire au peuple russe que tout-se-déroule-comme-prévu. La seule victoire dont peut se vanter le maître du Kremlin est la prise de Marioupol, qui n’est toujours pas totale puisqu’un dernier carré de résistants tient bon dans les entrailles d’une aciérie. Mais le prix est élevé, des milliers de victimes civiles, une ville rasée, des dizaines de milliers de déplacés dont beaucoup au sort incertain en Russie.

Pas très glorieux et sans doute insuffisant pour arrêter : le rapport de force ne joue pas suffisamment en faveur de la Russie. Poutine est le seul à pouvoir décider s’il négocie ou s’il choisit l’escalade ; l’Ukraine, elle, se défend.

L’autre 9 mai, c’est évidement celui d’Emmanuel Macron

le Président est en effet au Parlement européen à Strasbourg pour ce 9 mai, journée de l’Europe dans les 27 pays de l’Union. Ce sera son premier discours à portée internationale depuis sa réélection, et l’occasion lui en est donnée par la fin de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Il le sait, son discours vient en écho à celui qu’aura prononcé Vladimir Poutine à Moscou, et il s’emploiera à opposer le modèle démocratique européen à la logique autocratique du dirigeant russe, reposant sur la force.

Mais il est également attendu sur une vision de l’avenir européen, bousculé par le retour de la guerre sur le continent. Il s’était livré à l’exercice dans son discours de La Sorbonne en 2017, et son programme européen d’alors n’a que partiellement été traduit en actes.

Il y a aujourd’hui un véritable défi posé à l’Union européenne face aux enjeux de sa sécurité, de sa cohésion, de ses voisins immédiats à l’Est comme au Sud ; face aussi à une Amérique qui a fait son retour dans les affaires européennes, et une Russie qui ne disparaîtra pas, quelle que soit l’issue de la guerre.

Bref, tout est à redéfinir dans un monde bouleversé : ce 9 mai a tout d’un rendez-vous avec l’histoire alors que la guerre fait rage dans un pays européen.