Le drapeau ukrainien flotte de nouveau sur Balakliya, une commune de la région de Kharkiv reprise à l’armée russe, comme toute la région. ©AFP - Metin Aktas / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Le drapeau ukrainien flotte de nouveau sur Balakliya, une commune de la région de Kharkiv reprise à l’armée russe, comme toute la région. ©AFP - Metin Aktas / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Le drapeau ukrainien flotte de nouveau sur Balakliya, une commune de la région de Kharkiv reprise à l’armée russe, comme toute la région. ©AFP - Metin Aktas / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

Une contre-offensive surprise de l’armée ukrainienne dans le nord-est a permis de reconquérir quelque 3000 kilomètres carrés, une victoire qui provoque la colère des pro-guerre à Moscou. Un tournant dans cette guerre qui dure depuis 200 jours.

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Les Ukrainiens eux-mêmes n’en reviennent pas. En moins d’une semaine, ils ont reconquis quelque 3000 kilomètres carrés de territoire sous contrôle de l’armée russe, dans le nord-est de l’Ukraine, près de la grande ville de Kharkiv. Leur contre-offensive a pris les Russes par surprise, et constitue un tournant dans cette guerre - même s’il faut se garder d’en tirer des conclusions trop hâtives. C’est le deuxième grand échec militaire russe de cette campagne d’Ukraine, après celui de Kiev au début de l’invasion.

Le succès ukrainien est néanmoins double. Psychologique d’abord, avec d’innombrables vidéos qui montrent le drapeau ukrainien flottant de nouveau dans les communes reconquises ; un coup de fouet au moral d’une nation en guerre depuis 200 jours et qui a fait de nombreux sacrifices.

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Succès militaire ensuite. On voit dans ces vidéos l’impressionnante quantité de matériel russe abandonné ou détruit ; y compris, dans la ville d’Izyum, un centre logistique régional, où des entrepôts pleins de caisses de munitions tombent entre les mains des Ukrainiens. Les Russes n’ont même pas eu le temps de les détruire en s’enfuyant. On y voit aussi des quantités de documents qui seront analysés par les services ukrainiens et, sans doute, occidentaux.

Comment s’explique ce succès ? La détermination des forces ukrainiennes est connue ; mais ce qui interpelle, c’est, une fois de plus, la désorganisation et l’impréparation de l’armée russe.

Comment cette armée dotée de satellites, de drones, de renseignement au sol, n’a-t-elle rien vu venir alors que les Ukrainiens regroupaient des troupes et des blindés pour leur contre-offensive ? Comment s’est-elle laissé manœuvrer pour ne plus avoir d’autre option, en l’espace de quelques jours, que de reculer sans même opposer réellement une résistance ?

L’état-major à Moscou a reconnu l’abandon de ces positions, mais l’a présenté comme un regroupement de ses forces. Les Ukrainiens, eux, parlent de départ en panique de soldats russes qui ont abandonné leurs rations alimentaires prêtes à être consommées ; certains s’enfuyant à vélo pour ne pas servir de cible s’ils restaient dans leurs chars.

L’impact le plus intéressant est peut-être en Russie même. Depuis deux jours, on assiste à un changement de ton. Les émissions de propagande à la télé russe, qui flattaient depuis des mois la virilité et la puissance de leur armée, ont cédé la place à la colère et l’incompréhension. Un commentateur-vedette a appelé à frapper les pays de l’Otan, et cité Staline qui disait que ceux qui paniquaient devaient être abattus. On voit l’ambiance.

Plus significatif encore, Ramzan Kadyrov, le dirigeant tchétchène, qui a envoyé des troupes en Ukraine et a paradé dans les ruines de Mariupol, a mis en cause hier la stratégie russe. Il a déclaré que si elle ne changeait pas dans les prochains jours, il irait en parler au dirigeant, c’est-à-dire … Vladimir Poutine.

C’est donc au Président russe de réagir, ce qu’il n’a pas encore fait. Le paradoxe est qu’il est contesté non pas par ceux qui s’opposent à sa guerre, mais par ceux qui lui reprochent de ne pas la gagner. Il n’a évidemment pas dit son dernier mot, avec le risque d’une nouvelle escalade. Dès hier soir, une pluie de missiles s’est abattue sur plusieurs villes, et l’électricité a été coupée dans trois régions. La vengeance du Tsar.

Références