Afghanistan : tout est perdu, fors l'honneur

Des combattants talibans dans les rues de la province de Laghman, août 2021
Des combattants talibans dans les rues de la province de Laghman, août 2021 ©AFP
Des combattants talibans dans les rues de la province de Laghman, août 2021 ©AFP
Des combattants talibans dans les rues de la province de Laghman, août 2021 ©AFP
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Les Talibans ont pris Kaboul, le président Ghani a fui pour le Tadjikistan. Il reste à évacuer nos ressortissants et ceux des Afghans qui ont travaillé pour nous.

La fuite du président afghan a signé hier la victoire définitive des Talibans

D'autant plus que lors des pourparlers de Doha, entre Talibans et autorités de Kaboul, la démission du président Ashraf Ghani était un préalable pour les Talibans. Un préalable que M. Ghani a toujours écarté d'un revers de la main.

C'est lui qui aujourd'hui est écarté d'un revers de fortune militaire : en une dizaine de jours, l'armée ainsi que l'ensemble des autorités administratives et sécuritaires qui réglaient le quotidien de dizaines de villes afghanes, s'est effondré.

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L'amertume se lisait d'ailleurs dans le « post » laissé par le désormais ex-président afghan : "Les Talibans ont gagné" a t-il écrit... Ce qui est une version à peine modernisée du fameux "Après moi le déluge" de Mme de Pompadour.

Comment expliquer l'effondrement des autorités afghanes ?

On a beaucoup parlé de la corruption généralisé du pouvoir afghan. De cette armée de 300 000 soldats, forte de 50 000 forces spéciales et qui, mal approvisionnée, mal équipée, mal encadrée, s'est débandée presque sans combattre.

Mais on semble avoir bien vite oublié que ce pouvoir et cette armée ne tenaient que parce que les Américains fournissaient armes et munitions et surtout, l'appui aérien indispensable pour faire le lien logistique et tactique sur le terrain.

Or c'est précisément cet appui aérien qui a été brutalement retiré à l'armée afghane il y a quelques semaines. Il ne restait plus dans ces conditions que des régiments isolés, enfermés dans leurs casernes, coupés de la population et de leurs bases arrières.

Les Américains sont-ils responsables ?

Oui, de toutes manières qu'on regarde la situation, les Américains, et les Occidentaux au sens large, sont responsables

Il faut savoir que le 25 juin dernier, en recevant à la Maison-Blanche Ashraf Ghani, Joe Biden l'avait assuré de son soutien indéfectible. Un mois et demi plus tard, ces mêmes Américains organisent à la va-vite l'évacuation de leurs ressortissants et de leurs employés afghans. 

La question est plutôt : que vont-ils faire de la vingtaine de milliers d'Afghans qui, pendant 20 ans, ont travaillé à leur côté ?

Des scènes de chaos ont d'ores et déjà été décrites à l'aéroport de Kaboul qui est, depuis la prise par les Talibans du dernier poste frontière, la seule porte de sortie vers l'extérieur du pays. Mais j'allais ajouter : "Lorsqu'on est trahi, on ne l'est jamais à moitié".

Sauver l'honneur et accorder des milliers de visas

Que les Etats-Unis ont bel et bien trahi leurs alliés afghans, c'est un fait. Maintenant, avaient-ils les moyens de faire autrement ? Les Américains auraient probablement pu continuer d'appuyer l'armée afghane quelques semaines encore par des moyens aériens.

Mais au final, le résultat aurait été le même. Avec probablement plus de morts et de souffrances à la clé. En clair, le président Biden a, comme au poker, pris ses pertes et a filé sans demander son reste. Il reste maintenant à sauver l'honneur.

Ce qui signifie accorder – et vite - à tous ceux qui ont aidé, assisté, travaillé pour les Occidentaux un refuge politique en Europe et aux Etats-Unis qu'il ne saurait être question de leur mégoter. En somme, et pour paraphraser François 1er à Pavie : "Tout est perdu, fors l'honneur".