L’immeuble de Dnipro atteint samedi par un missile russe a été totalement détruit, faisant trente cinq morts..
L’immeuble de Dnipro atteint samedi par un missile russe a été totalement détruit, faisant trente cinq morts.. ©AFP - SERGEI CHUZAVKOV / AFP
L’immeuble de Dnipro atteint samedi par un missile russe a été totalement détruit, faisant trente cinq morts.. ©AFP - SERGEI CHUZAVKOV / AFP
L’immeuble de Dnipro atteint samedi par un missile russe a été totalement détruit, faisant trente cinq morts.. ©AFP - SERGEI CHUZAVKOV / AFP
Publicité

La destruction par un missile russe d’un immeuble d’habitation à Dnipro constitue un crime de guerre qui pousse les Occidentaux à donner aux Ukrainiens les moyens de mener leur guerre : le Royaume Uni va livrer des chars lourds Challenger-2, là où Paris et Berlin hésitent. L’escalade se poursuit.

Le missile russe qui a frappé samedi après-midi un immeuble d’habitation à Dnipro, dans l’est de l’Ukraine, a fait au moins 35 morts civils, un bilan qui ne cesse de monter avec la découverte de corps sous les décombres. C’est clairement un crime de guerre puisqu’il n’y avait aucune cible légitime dans ce quartier.

Mais c’est aussi un bombardement révélateur de ce qui se passe du côté russe : le missile utilisé a pour nom de code KH-22, c’est un missile de croisière conçu pour couler un porte-avions, c’est-à-dire la plus grosse structure qui soit. Cette arme de précision, tirée par un avion à des centaines de kilomètres de distance, n’a en principe rien à faire sur cette cible-là.

Publicité

Cette disproportion entre le type d’arme et la cible peut être révélatrice d’une pénurie de missiles côté russe, après des semaines de tirs contre les villes ukrainiennes. Puiser ainsi dans les stocks stratégiques russes -car le KH-22 peut être équipé de charges nucléaires-, ne se justifie d’aucune autre manière. Les usines d’armement russes tournent à plein régime, mais ne changent pas la donne pour le moment.

C’est aussi l’un des signes d’une escalade qui se poursuit, implacablement, étape après étape, dans une guerre dont on sait, hélas, qu’elle est impossible à stopper à ce stade.

Les uns après les autres, les tabous volent en éclat dans le type d’armement fourni par les Occidentaux à l’armée ukrainienne. Ce weekend, les Britanniques ont annoncé qu’ils allaient envoyer en Ukraine des chars Challenger-2, le blindé occidental le plus lourd livré jusqu’ici.

Un débat d’experts et de décideurs politique a lieu depuis des jours dans les coulisses du conflit, autour de ces armements que l’Ukraine réclame. Ca lui permettrait de faire face plus solidement à des offensives russes comme celle qui lui a fait perdre la ville minière de Soledar, et menace désormais la ville voisine de Bakhmut.

La Pologne a déjà livré à l’Ukraine des vieux chars de fabrication soviétique de ses stocks ; mais les Occidentaux refusaient jusqu’ici de franchir le pas de leurs chars les plus modernes. La France a fait un premier geste avec l’annonce de la livraison de blindés légers AMX-10-RC, mais se refuse à livrer des Leclerc, la catégorie supérieure.

A Paris, on se défend en affirmant vouloir la victoire de l’Ukraine, mais en adaptant les livraisons de matériel à chaque étape de la guerre. La question des chars Leclerc est qualifiée d’« hypothétique » ; mais il est à parier, après la décision britannique, qu’elle deviendra vite d’actualité.

Depuis le début de la guerre, les Occidentaux hésitent à franchir chaque niveau de l’escalade dans le type d’armement, une prudence certes nécessaire quand on a la Russie en face, mais qui retarde la modernisation de l’armée ukrainienne.

Une difficulté qui tient aussi à la disponibilité des armements. La France et l’Europe sont confrontés à la pauvreté sidérante de leurs stocks et à la lenteur de leurs chaînes de fabrication. L’Allemagne indique ainsi qu’elle ne pourrait pas livrer de chars Léopard à l’Ukraine avant 2024.

Aux dilemmes de l’urgence, comme à Dnipro ou Bakhmut, s’ajoutent donc les révisions stratégiques douloureuses : la guerre en Ukraine n’a pas fini de nous bousculer.