Militaire français lors de manoeuvres de l'Otan en Norvège, en mars 2022. Deux nouveaux pays nordiques vont rejoindre l'alliance militaire.
Militaire français lors de manoeuvres de l'Otan en Norvège, en mars 2022. Deux nouveaux pays nordiques vont rejoindre l'alliance militaire.
Militaire français lors de manoeuvres de l'Otan en Norvège, en mars 2022. Deux nouveaux pays nordiques vont rejoindre l'alliance militaire. ©AFP - Frederic Petry / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Militaire français lors de manoeuvres de l'Otan en Norvège, en mars 2022. Deux nouveaux pays nordiques vont rejoindre l'alliance militaire. ©AFP - Frederic Petry / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Militaire français lors de manoeuvres de l'Otan en Norvège, en mars 2022. Deux nouveaux pays nordiques vont rejoindre l'alliance militaire. ©AFP - Frederic Petry / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Résumé

La Suède et la Finlande ont annoncé leur candidature à l'Otan, conséquence directe de l'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine. La défense européenne se fera bien au sein de l'Otan, dans son "pilier européen".

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Les commentateurs abusent généralement de l’expression « plus rien ne sera jamais comme avant »… Mais la candidature de la Suède et de la Finlande à l’Otan montre que la guerre d’Ukraine, lancée il y a 80 jours par Vladimir Poutine, est véritablement en train de changer le paysage géopolitique européen.

C’est en effet Poutine qui a poussé ces deux pays nordiques à la neutralité bien ancrée dans les bras de ses adversaires ! La Suède était neutre depuis 1814 ! Elle n’a pas participé aux deux guerres mondiales, et fut autrefois un refuge pour les conscrits américains qui refusaient d’aller au Vietnam ! Quant à la Finlande, qui a 1340 kilomètres de frontière commune avec la Russie, elle avait donné malgré elle son nom à la « Finlandisation », un mot péjoratif pour évoquer sa neutralité à l’époque de la guerre froide.

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Que les gouvernements, la quasi-unanimité des partis politiques, et les opinions publiques de ces deux démocraties du nord de l'Europe aient basculé aussi vite dans le camp de l’adhésion en dit long sur le traumatisme de la guerre d’Ukraine, un événement qui change tout.

L’impact est sans doute moins militaire que politique. Les armées suédoise et finlandaise ont déjà des coopérations avec leurs voisins norvégien qui était jusqu’ici le pilier nordique de l’Otan, avec sa frontière commune avec la Russie, au-delà du cercle polaire. L’enjeu n’est donc pas l’intégration de leurs armées dans les dispositifs de l’Otan.

Ce qui change le plus, c’est la fin progressive de la différence entre l’Union européenne et l’Otan. Une fois la Suède et la Finlande admis, il ne restera plus que quatre pays de l’UE hors de l’alliance militaire : Autriche, Chypre, Irlande et Malte. Quant aux pays de l’Otan qui, à l’opposé, ne font pas partie de l’Union européenne, comme l’Albanie ou la Macédoine du nord, ils sont candidats à l’UE et ont vocation à la rejoindre un jour.

Ce que ça signifie, c’est que le débat sur la défense européenne a été tranché de fait par Vladimir Poutine : l’immense majorité des pays européens considèrent que c’est dans le cadre de l’Otan, et donc sous leadership américain, que l’UE assure sa défense, pas à l’extérieur.

C’est la fin, en réalité, d’un débat aussi vieux que la construction européenne si l’on veut bien remonter à l’échec de la CED, la Communauté européenne de défense, en 1954. Sept décennies plus tard, Emmanuel Macron parle encore d’« autonomie stratégique » européenne, mais tout le monde sait désormais que celle-ci se bâtira au sein de l’Otan, dans son pilier européen, ou ne sera pas. 

Il y a deux ans et demi, le Président français disait de l’Otan qu’elle était en « état de mort cérébrale » ; le mois prochain, l’alliance se réunira en sommet à Madrid revigorée, en passe de gagner deux membres majeurs, avec un consensus sans précédent depuis la fin de la guerre froide sur sa raison d’être. On appellera ça « l’effet Poutine ».

Ceux qui, dans le débat politique français, parlent encore de quitter les structures de l’Otan, doivent savoir que personne d’autre en Europe ne les suivra. Ils condamnent la France à une défense solitaire : ça peut se défendre, évidemment mais ça n’est plus un projet de défense européenne, car Poutine, par son agression de l’Ukraine, a tué cette idée.