La championne chinoise Peng Shuai lors du tournoi Open de Pékin en 2017. Image d’archive.
La championne chinoise Peng Shuai lors du tournoi Open de Pékin en 2017. Image d’archive. ©AFP - GREG BAKER / AFP
La championne chinoise Peng Shuai lors du tournoi Open de Pékin en 2017. Image d’archive. ©AFP - GREG BAKER / AFP
La championne chinoise Peng Shuai lors du tournoi Open de Pékin en 2017. Image d’archive. ©AFP - GREG BAKER / AFP
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La Chine multiplie les efforts pour éteindre l’incendie allumé par la disparition de la joueuse de tennis qui avait accusé un ancien dirigeant de viol. Pékin n’avait pas anticipé l’ampleur de la solidarité internationale, en particulier du monde du tennis.

Ce qui est exceptionnel dans l’affaire Peng Shuai, ce n’est pas le sort de la championne chinoise, ce sont les réactions internationales.

En fait, la joueuse de tennis a initialement subi le sort de tous ceux qui transgressent un tabou en Chine : ils « disparaissent » dans la machine répressive ; et, dans le meilleur des cas, réapparaissent après quelques mois, comme Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, ou Fan Bing Bing, la star de cinéma accusée de fraude fiscale, libérée contre un gros chèque et des remerciements à Xi Jinping.

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Peng Shuai avait accusé de viol Zhang Gaoli, un ancien vice-premier ministre, mais surtout membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste pendant le premier mandat de Xi Jinping ; c’est cette dénonciation qui a dérangé, pas le viol. Les sept membres du Comité permanent, tous des hommes, sont des intouchables absolus. Ils peuvent tomber dans des luttes de clan, pas sous pression d’une joueuse de tennis.

La branche répressive lui a appliqué le tarif habituel : disparition, effacement des traces sur internet, et même retrait de son portrait de la galerie des champions chinois. C’était compter sans la réaction internationale.

Ce que le Parti n’avait pas anticipé, c’est que le crime dénoncé par Peng Shuai s’inscrit dans un mouvement mondial, Me Too, les violences faites aux femmes. Et que si personne ne s’identifie à une star accusée de fraude ou à un milliardaire qui déplait, tout le monde peut s’identifier à une sportive victime d’abus sexuels ; nous avons la même chose chez nous.

La deuxième chose imprévue, c’est la solidarité sans précédent des sportifs du monde entier. Serena Williams ou Naomi Osaka, la Une de "l’Equipe", et surtout l’Association mondiale du tennis féminin qui a pris le risque de se fermer le lucratif marché chinois.

La Chine a été pris par surprise et se révèle plus sensible à cette campagne qu’on aurait pu le penser : elle publie des photos et des vidéos mises en scène, et hier, Pékin a permis un entretien en visio entre Peng Shuai et le Président du Comité international olympique, Thomas Bach, qui s’est prêté à un exercice censé clore le débat : la joueuse chinoise lui a demandé de respecter sa vie privée.

De toute évidence, Peng Shuai est sérieusement encadrée dans ses apparitions, la Chine a renoué avec les confessions télévisées et autres. Son « retour » serait plus crédible si cette affaire ne faisait l’objet d’une censure totale en Chine, les photos et vidéos sont uniquement à usage international.

Pékin veut sauver son image passablement abîmée, ainsi que ses Jeux olympiques d’hiver, dans moins de trois mois, qui risquent fort d’être boycottés politiquement par les Occidentaux dans le contexte actuel. 

Mais le mal est fait. Cette affaire a mis en évidence l’arbitraire du système répressif, et le tabou persistant des abus sexuels commis par des personnalités puissantes. Sur internet, on appelle ça l’« effet Streisand », du nom de l’actrice qui, en voulant cacher une information, n’avait fait que braquer le projecteur dessus. 

Pékin n’a pas fini de ramer pour faire oublier une affaire qui met à mal l’exemplarité que prétend incarner le régime.