Massoud, un nom, une légende, un fils

France Inter
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Ahmad Massoud a 32 ans et veut, comme son père avant lui, résister aux Talibans. Reste que 20 ans ont passé et que la géopolitique régionale a beaucoup changé.

On parle beaucoup ces derniers jours du fils du légendaire commandant Massoud. Parce qu'il semble avoir repris le flambeau de la résistance aux Talibans, comme son père entre 1996 et 2001, juste avant son assassinat par des sbires d'Al Qaida deux jours avant le 11 septembre 2001. Mais la légende du « Lion du Panshir » s'est écrite dès 1989.

Pendant neuf longues années, Ahmad Shah Massoud a résisté à l'invasion soviétique de 1979. Il a essuyé, retranché dans son repaire de la fameuse vallée du Panshir, 9 offensives de l'armée soviétique et les a toutes repoussé.

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Il était devenu le symbole de la résistance afghane. A 32 ans, Son fils, Ahmad Massoud, veut poursuivre la légende. Comme son père, il a créé non pas une Alliance du Nord mais un Front de Résistance Nationale. Et comme son père, il est retranché dans le Panshir.

Une vallée du Panshir stratégique et symbolique

Prendre le Panshir est important d'abord pour le symbole : la vallée n'est jamais tombée. Pour la simple et bonne raison qu'elle est un fortin naturel : une seule route d'accès qui la parcourt en longeant la rivière et les sommets à 4000 m de l'Hindou Kouch en guise de murailles imprenables.

La 2e raison est sa position stratégique à environ 70 km au nord de Kaboul. Par la province du Panshir passe l'essentiel du trafic routier et commercial entre Kaboul et Kunduz ou Mazar-e-Sharif. En clair, coupez la route et vous coupez le pays en deux.

La 3e raison est que cette région est en majorité peuplée de Tadjiks, mais aussi d'Ouzbeks et d'Hazaras. Autrement dit, elle est peuplée des minorités qui ont le plus a craindre d'une domination des Talibans. C'est un puissant moteur de résistance.

Etre un "fils de" est un atout en Afghanistan

C'est un bon début en Afghanistan où les « fils de » ont toujours repris les réseaux et alliances familiales. Au sein même de la direction talibane, vous avez le fils du Mollah Omar et les deux fils d'Haqqani, chef taliban redouté tué en 2018 par les Américains.

La réussite du commandant Massoud et des siens de l'Alliance du Nord tient à deux périodes uniques de l'histoire : la Guerre froide, pendant laquelle il a été appuyé contre les Soviétiques par les Occidentaux, et le « Nation Building » de l'après 11 septembre.

Or la Guerre froide est terminée et Joe Biden a refermé la parenthèse néo-conservatrice du « Nation-Building » qui consistait grosso-modo à apporter la démocratie en commençant par bombarder. En clair, une version à peine modernisée du colonialisme.

Les Occidentaux ont déserté, les pays alentours ont négocié

Les Etats-Unis, et l'Occident en général n'interviendront plus en Afghanistan, encore moins pour donner des armes et des moyens financiers à une résistance pour le moment hypothétique. De plus, le commandant Massoud avait un joker en plus des Etats-Unis :

Il pouvait se replier au Tadjikistan ou en Ouzbékistan. Ce n'est plus le cas : les deux pays sont très proches de la Russie et ont fait savoir qu'il fallait compter sans eux. Quant à l'Iran, tant que les Talibans n'oppresseront pas les Hazaras chiites, il ne s'en mêlera pas.  

La partie semble mal engagée pour Ahmad Massoud. Tout dépendra donc du sort que les Talibans réserveront aux minorités ethniques et religieuses : Ouzbeks, Tadjiks et Hazaras ont composé et composent encore l'essentiel des Massoud, père et fils.