L'Afrique attend-elle Emmanuel Macron ? ©AFP - VALERIA MONGELLI / HANS LUCAS
L'Afrique attend-elle Emmanuel Macron ? ©AFP - VALERIA MONGELLI / HANS LUCAS
L'Afrique attend-elle Emmanuel Macron ? ©AFP - VALERIA MONGELLI / HANS LUCAS
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Résumé

La Concurrence est rude en Afrique où se rend le président français : les Etats-Unis, la Chine et à la Russie sont à l'attaque pour arracher influence et contrats. La France doit se réinventer.

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Emmanuel Macron commence aujourd’hui une tournée africaine

Elle le conduira d’abord au Cameroun, où il sera reçu par le président Biya qui tient toujours les rênes du pays à 89 ans et depuis 40 ans. Puis, il ira au Bénin, où il devrait être bien reçu après les restitutions par la France d’œuvres d’art issues de pillages coloniaux.

La tournée s’achèvera par la Guinée Bissau. Un petit pays d’Afrique de l’Ouest d’à peine deux millions d’habitants, situé au sud du Sénégal où Emmanuel Macron ne sera pas perçu comme l’homme de l’ex-puissance coloniale : ce rôle est dévolu au Portugal.

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Or, il y a un peu de cela dans ce voyage africain : la volonté d’éviter les ennuis ou les faux-pas sahéliens en tentant de revenir à Paris avec des images de bienvenue et de coopération sans acrimonie et sans psychodrame.

Une sorte de nouveau départ, alors que l’Afrique n’a donné à un président français plein de bonnes volontés dès 2017 que des maux de tête et des polémiques. La dernière en date – et pas la moins grave – est la façon dont la France s’est fait expulser du Mali.

Le Cameroun a aussi une histoire très heurtée avec la France

Précisément, Emmanuel Macron pourra peut-être reconnaitre la responsabilité de Paris dans la répression du mouvement indépendantiste camerounais des années 50 et 60. Il pourra aussi compter sur la bienveillance du régime Biya, un ami de toujours de Paris.

Il pourra aussi tenter de renverser la donne alors que Yaoundé vient de signer en pleine présidentielle en France un accord de coopération militaire avec la Russie. Or, à ce niveau, ce n’est pas une coïncidence, c’est un message.

Parce qu’il faut bien comprendre que la France n’a plus l’Afrique de l’Ouest pour elle toute seule. Partout où les intérêts de la France sont importants, Moscou est à l’offensive : au Mali, en Centrafrique, en Algérie, en Mauritanie et maintenant au Cameroun.

Serguei Lavrov lui aussi entame une tournée en Afrique…

Égypte, Ouganda, République démocratique du Congo, Éthiopie ! C’est le service après-vente, en somme ! les Russes ont entendu l’appel de l’Afrique, ils ont signé un accord pour l’exportation des blés russes et ukrainiens.

Par ailleurs, la Russie et la France ne sont pas seuls en Afrique en ce moment : les Etats-Unis ont envoyé leur représentant spécial, Mike Hammer, en tournée aux Émirats, en Égypte et en Éthiopie. Et comme si cela ne suffisait pas, la Chine vient de s’en mêler.

Fin juin, Pékin a organisé pour la première fois une Conférence de paix pour la Corne de l’Afrique, parvenant à réunir six pays de la région, dont la somalie, l’Éthiopie – toujours elle – mais aussi le Soudan, Djibouti où elle a une base militaire et l’Érythrée.

La France a encore une carte à jouer

Bien sûr ! Mais il faut qu’elle abandonne deux travers : l’habitude de régler les questions africaines par le haut, c’est-à-dire en comptant sur des régimes détestés par leurs propres sociétés civiles, comme au Tchad, au Mali ou encore… au Cameroun.

Ensuite, l’habitude de passer par nos militaires pour régler des situations politiques… Ce qui a entraîné le rejet de Paris par une partie des Maliens et, j’ajouterais, des Burkinabés. La Russie n’a même pas eu d’efforts à faire : elle a attendu que le fruit soit mûr.