Manifestation de protestation contre la décision de la Cour suprême sur l’avortement, à Saint Louis (Missouri), samedi 25 juin. ©AFP - ANGELA WEISS / AFP
Manifestation de protestation contre la décision de la Cour suprême sur l’avortement, à Saint Louis (Missouri), samedi 25 juin. ©AFP - ANGELA WEISS / AFP
Manifestation de protestation contre la décision de la Cour suprême sur l’avortement, à Saint Louis (Missouri), samedi 25 juin. ©AFP - ANGELA WEISS / AFP
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Résumé

L’impact de la décision de la Cour suprême dépasse la question de l’avortement : elle aura des retombées géopolitiques en relançant la guerre culturelle et politique aux États-Unis, à un moment de grands défis internationaux, à commencer par l’Ukraine.

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La décision de la Cour suprême des États-Unis a un impact planétaire ; pas seulement parce qu’il s’agit d’un sujet universel comme le droit à l’avortement ; mais aussi pour ses conséquences géopolitiques. Une Amérique divisée, plongée dans une guerre culturelle et politique aussi profonde, c’est une superpuissance moins engagée dans le monde, à un moment où les défis se multiplient.

En Europe, en Asie ou au Moyen Orient, les décideurs politiques attendaient déjà le test majeur que seront les élections de mi-mandat, en novembre : le président Joe Biden et son administration démocrate sont menacés de perdre la majorité dans l’une ou les deux Chambres du Congrès.

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Ce serait un handicap majeur pour la politique étrangère de l’administration : impossible par exemple d’imaginer un Congrès républicain approuver un éventuel accord nucléaire avec l’Iran, dont les négociations reprennent ces jours-ci après avoir frôlé la mort. L’aide militaire à l’Ukraine devrait aussi être âprement négociée avec un Congrès hostile, même si une partie des Républicains partagent les choix de l’administration vis-à-vis de la Russie.

La crise ouverte vendredi par la majorité ultra-conservatrice de la Cour suprême exacerbe le climat de polarisation interne à l’Amérique. Dès vendredi, les démocrates, -Joe Biden ou la Présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi-, ont lancé la bataille des « mid-terms », ces élections de mi-mandat qui s’annoncent déterminantes.

Pour les démocrates, la provocation des juges de la Cour suprême nommés par Donald Trump leur offre une opportunité de mobiliser leurs électeurs désenchantés par le bilan en demi-teinte de Joe Biden. Et même d’espérer attirer des Républicains modérés, en particulier les femmes, que la radicalisation de la droite trumpiste pourrait effrayer.

C’est loin d’être gagné dans un climat d’économie en berne et d’inflation galopante.

L’engagement américain en Ukraine n’est pas, à ce stade, menacé. Les États-Unis ont adopté, avant même l’invasion russe, une position de leadership, d’abord prudente, aujourd’hui totalement assumée. Ça ne diminuera pas dans cette phase du conflit, et Joe Biden est d’ailleurs en Europe ces jours-ci, d’abord pour un Sommet du G7 en Allemagne, puis celui de l’Otan à Madrid.

Mais un Président affaibli chez lui, plongé dans une bataille électorale délicate, une Amérique introvertie, minée par ses crises multiples, ne sont pas des gages de stabilité mondiale. Vu de Moscou ou Pékin, ça ne peut qu’encourager une vision du monde considérant les Occidentaux comme étant sur le déclin : Vladimir Poutine et Xi Jinping en sont persuadés, leur heure est arrivée.

Ce paysage fissuré place les Européens en porte-à-faux. Certains ont pu penser à la faveur de la guerre d’Ukraine, que le parapluie américain était durablement revenu ; c’est en partie vrai, mais avec de sérieux risques de rechute. La décision de la Cour suprême envoie aussi un message indirect aux Européens : prenez vos responsabilités !