Tank ukrainien sur une route de l’Est de l’Ukraine : il y aura un avant et un après guerre d’Ukraine en Europe. ©AFP - Anatolii STEPANOV / AFP
Tank ukrainien sur une route de l’Est de l’Ukraine : il y aura un avant et un après guerre d’Ukraine en Europe. ©AFP - Anatolii STEPANOV / AFP
Tank ukrainien sur une route de l’Est de l’Ukraine : il y aura un avant et un après guerre d’Ukraine en Europe. ©AFP - Anatolii STEPANOV / AFP
Publicité
Résumé

Le Chancelier Scholz a brisé un tabou hier en annonçant une augmentation spectaculaire du budget allemand de la défense, sous l’effet de la guerre déclenchée par la Russie, et des critiques de ses alliés.

En savoir plus

« La Bundeswehr que je dirige, est plus ou moins à sec.S’il fallait un signe fort de l’ampleur de l’onde de choc provoquée par l’attaque russe en Ukraine, il suffisait de regarder hier du côté de Berlin. L’Allemagne a annoncé un virage à 180 degrés de sa posture militaire, une véritable révolution géopolitique à laquelle le gouvernement précédent d’Angela Merkel ne s’était jamais résolue. 

Il aura fallu Vladimir Poutine, et sa déclaration de guerre à l’Ukraine, pour enterrer d’un coup double la complaisance allemande vis-à-vis de Moscou, et surtout son sous-investissement dans sa défense.

Publicité

Le Chancelier Olaf Scholz, à la tête d’une coalition entre Sociaux-démocrates, Verts et Libéraux, a annoncé une augmentation spectaculaire du budget de la défense, qui passera de 1,5 à 2% du PIB, l’objectif de dépense de l’Otan. Il crée un fonds de 100 milliards d’euros, destiné à renforcer les capacités de défense du pays.

Autre tabou brisé, le gouvernement allemand a finalement accepté ce qu’il refusait il y a quelques jours, que les Pays-Bas livrent à l’Ukraine des missiles de fabrication allemande, une livraison indirecte donc, mais qui nécessitait le feu vert de Berlin. 

La Bundeswehr est plus ou moins à sec.

Au premier jour de la guerre, le chef de la Bundeswehr, l’armée de terre allemande, le général Alfons Mais, avait publié un étonnant message sur les réseaux sociaux : « La Bundeswehr que je dirige, est plus ou moins à sec. Les options que nous pouvons proposer aux politiques pour soutenir l’Alliance sont extrêmement limitées. Cela, nous l’avons tous vu venir, mais nous n’avons pas pu faire valoir nos arguments ni tiré les leçons de l’annexion de la Crimée. Je suis en colère ! ».

Surprenant aveu d’un officier supérieur. Mais la ministre de la défense du gouvernement Merkel n’a pas exprimé autre chose en se disant « furieuse contre nous, car nous avons failli face à l’histoire », après la Géorgie en 2008, la Crimée et le Donbass en 2014. Elle ajoutait : « Nous avons oublié qu’il faut toujours commencer par négocier, mais que nous devons être assez forts militairement pour que la non-négociation ne soit pas une option pour la partie adverse. »

Voilà le débat politique allemand qui a abouti, en un temps record, à des décisions qui semblaient impossibles - et que Vladimir Poutine, tout comme les critiques des alliés de l’Allemagne, ont rendues possibles.

« Un tournant dans l’histoire de l’Europe »

Ce choc, on le ressent partout en Europe. Le Chancelier Scholz a estimé que l’attaque de l’Ukraine constituait un « tournant dans l’histoire de l’Europe ». Même écho à l’Élysée où on estime que « le destin de l’Europe sera changé par la guerre que mène le Président Poutine ».

Pendant des années, les débats sur la question de la défense européenne ont tourné en rond. Les propositions françaises, au début du mandat d’Emmanuel Macron, avaient trouvé peu d’écho à Berlin. Ca va changer avec la prise de conscience sur tout le continent. On l’a vu hier avec la décision sans précédent de la Commission européenne de financer, pour près d’un demi-milliard d’euros, l’achat d’armes pour l’Ukraine ! Impensable il y a seulement une semaine.

Vladimir Poutine misait sans doute sur les divisions de l’Europe et la démobilisation des esprits ; il a réussi le miracle opposé, il y aura un avant et un après guerre d’Ukraine.