Le « zero Covid » de Xi Jinping réveille la demande de liberté en Chine

Des manifestants brandissent des feuilles blanches, symboles de l’absence de liberté, lors d’une manifestation spontanée à Shanghai, ce weekend.
Des manifestants brandissent des feuilles blanches, symboles de l’absence de liberté, lors d’une manifestation spontanée à Shanghai, ce weekend. ©AFP - Hector RETAMAL / AFP
Des manifestants brandissent des feuilles blanches, symboles de l’absence de liberté, lors d’une manifestation spontanée à Shanghai, ce weekend. ©AFP - Hector RETAMAL / AFP
Des manifestants brandissent des feuilles blanches, symboles de l’absence de liberté, lors d’une manifestation spontanée à Shanghai, ce weekend. ©AFP - Hector RETAMAL / AFP
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Des dizaines de manifestations ont eu lieu ce weekend en Chine, pour protester contre les restrictions anti-Covid, mais aussi, souvent, conspuer le président Xi Jinping. Un défi inattendu pour le pouvoir enfermé dans sa stratégie de « zero Covid ».

Personne n’avait vu venir cette crise. Certainement pas Xi Jinping, qui sort d’un 20ème Congrès du Parti communiste chinois triomphal, qui lui a permis de verrouiller son pouvoir à la tête de la Chine.

Il n’aurait pas pu imaginer qu’à peine un mois plus tard, en plein centre de Shanghai ou sur le campus de la prestigieuse université de Tsinghua, à Pékin, dont il est lui-même diplômé, son nom serait conspué, et la démission du Parti communiste réclamée. La scène s’est répétée dans au moins une cinquantaine d’autres universités, et de très nombreuses villes chinoises.

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Pour imaginer l’audace nécessaire pour de tels actes, mêlant le ras-le-bol des mesures anti-Covid à une demande de liberté, il faut se souvenir que c’est du jamais vu depuis le printemps 1989, lors du mouvement démocratique de la place Tiananmen, écrasé dans le sang le 4 juin. En trois décennies, la Chine a connu bien des contestations, mais, surtout depuis l’arrivée de Xi Jinping en 2012, aucune de cette ampleur.

Il y a bien sûr le Covid, qui fait de la Chine une planète à part. Faute d’avoir accepté d’importer des vaccins occidentaux qui permettent aujourd’hui au reste du monde de « vivre avec le virus », la Chine s’est enfermée dans une stratégie de « zero Covid ». Cela ne marche plus.

Toutes les provinces chinoises sont aujourd’hui touchées, et la population est soumise à des confinements interminables -100 jours déjà à Urumqi, la capitale du Xinjiang-, et appliqués avec un zèle bureaucratique frisant souvent l’absurde. Mais aussi le tragique : c’est l’incendie d’un immeuble à Urumqi, faisant dix morts, qui a provoqué la flambée de colère : les résidents affirment que les restrictions antiCovid ont empêché les secours d’arriver plus vite.

A travers la Chine, ce drame a déclenché la tempête. Et celle-ci a réveillé un malaise social et identitaire au sein d’une classe moyenne désabusée par la fermeture des frontières, le ralentissement économique, un sentiment d’étouffement.

Le pouvoir chinois est face à un dilemme, car il ne veut pas se déjuger sur le « zero Covid », mais ne peut enfermer éternellement une population qui n’en peut plus. La manière dont il sortira de cette impasse conditionnera la suite politique de cette crise inattendue. Il cherchera à éviter un Tiananmen-bis, mais n’hésitera pas s’il juge son pouvoir menacé.

Dans un pays où aucune opposition organisée n’est tolérée, la contagion démocratique spontanée a de quoi inquiéter le pouvoir. En particulier le réveil des universités, auquel contribue sans doute l’important chômage chez les jeunes diplômés.

La façade harmonieuse présentée par le Parti communiste chinois s’est fracassée sur le « zero Covid », et il lui faudra reconstruire un contrat social au-delà des slogans creux comme le « rêve chinois » ou la « prospérité commune ».

En répétant à l’envi que l’Occident était en déclin et le modèle chinois en pleine ascension, Xi Jinping pensait avoir éloigné la tentation démocratique qui hante la Chine depuis plus d’un siècle. Mais il n’a pas tué ce que Nathan Law, le leader exilé de la révolte de Hong Kong, a résumé d’une belle formule : « le désir de sortir de la cage et de voler ». Difficile aujourd’hui de le faire retourner dans sa cage.