Bolsonaro, Netanyahou, Trump… les populistes sont inoxydables

Les partisans de Lula célèbrent la victoire de leur candidat, dimanche 30 octobre, à Sao Paolo.
Les partisans de Lula célèbrent la victoire de leur candidat, dimanche 30 octobre, à Sao Paolo. ©AFP - CAIO GUATELLI / AFP
Les partisans de Lula célèbrent la victoire de leur candidat, dimanche 30 octobre, à Sao Paolo. ©AFP - CAIO GUATELLI / AFP
Les partisans de Lula célèbrent la victoire de leur candidat, dimanche 30 octobre, à Sao Paolo. ©AFP - CAIO GUATELLI / AFP
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La victoire de Lula au Brésil ne doit pas cacher le score très élevé de son rival Bolsonaro, qui illustre la résilience des politiciens populistes même quand leur bilan et leur éthique sont faibles, à l’instar de Netanyahou en Israël et de Trump aux États-Unis.

Le retour de Lula à la présidence du Brésil s’inscrit dans sa légende personnelle : ancien ouvrier devenu président du plus grand pays d’Amérique latine, puis passé par la case prison, et cette nouvelle élection arrachée à la force du poignet.

Mais le plus surprenant n’est toutefois pas l’exploit de Lula - c’est la faible différence avec son opposant, Jaïr Bolsonaro : 50,9% pour Lula, 49,1 pour son rival. C’est ce score particulièrement élevé du président sortant qui interpelle ce matin, après un bilan on ne peut plus catastrophique.

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Négation du Covid, laisser-faire dans la déforestation de l’Amazonie, montée en flèche de la pauvreté, éthique personnelle en berne… Il y a quelques mois encore, on pouvait imaginer qu’il ne pourrait même pas se représenter avec un tel bilan ; aujourd’hui il passe tout près de la victoire.

C’est ce caractère inoxydable qui pose question, et les ressorts qu’il utilise : les Fake news qui ont proliféré durant la campagne, le soutien précieux des évangéliques, et une adhésion aveugle d’un noyau dur de partisans que rien n’ébranle. C’est ce que Bolsonaro a de commun avec deux autres politiciens populistes au cœur d’élections en ce moment, Benyamin Netanyahou et Donald Trump.

Tous trois ont développé ce rapport quasi-mystique avec leurs électeurs. Les scandales et les outrances ne les affectent pas là où elles font tomber les autres.

Les électeurs israéliens se rendent aux urnes demain pour les cinquièmes élections législatives en trois ans et demi, avec pour unique enjeu, une fois de plus, pour ou contre « Bibi », le surnom de Netanyahou. Ce dernier est en procès pour corruption, fraudes et abus de confiance, mais ses électeurs n’en ont cure : ils ont une foi inébranlable en lui. Même s’il est prêt à tout pour se protéger de la justice, y compris s’allier à une extrême droite dont la virulence fait passer ses homologues européens pour des enfants de cœur. Ses détracteurs brandissent le spectre d’une dérive « illibérale » en cas de victoire de Netanyahou.

La société israélienne est polarisée, coupée en deux, comme le sont celles du Brésil, on le voit dans les résultats ce matin, ou les États-Unis, qui vont voter dans huit jours pour les « mid-terms », les élections de mi-mandat que redoute le Président Joe Biden.

Avec Donald Trump, qui n’est pas candidat mais reste le faiseur de roi du Parti républicain, on est toujours dans le profil du leader charismatique adulé, que rien n’affaiblit. Il a pourtant sa dose personnelle de casseroles qui devraient le disqualifier, mais il se permettait hier de traiter Joe Biden de « criminel » sans que personne n’y trouve à redire.

On retrouve aux États-Unis les mêmes ingrédients qu’au Brésil, la polarisation, la désinformation à haute dose, le poids des évangéliques, et la personnalité du chef.

Que ces dirigeants populistes, dont les bilans sont mauvais ou même catastrophiques dans le cas du Brésilien, se révèlent ainsi inoxydables, constitue un défi majeur pour le fonctionnement démocratique.

On ironisait, lors de l’élection de Donald Trump en 2016, sur son concept de « réalité alternative » : force est de constater qu’il a la vie dure. La victoire de Lula montre que cette « réalité alternative » n’est pas invincible, mais elle reste menaçante pour la démocratie elle-même.