Ayman Al Zawahiri en 2001 ©Getty - Maher Attar/Sygma
Ayman Al Zawahiri en 2001 ©Getty - Maher Attar/Sygma
Ayman Al Zawahiri en 2001 ©Getty - Maher Attar/Sygma
Publicité
Résumé

Pour les Etats-Unis - et Joe Biden - c'est une victoire qui efface presque l'humiliation de la déroute afghane d'août 2021 : un drone étasunien a tué dans la capitale talibane Aymam Al-Zawahiri, le chef d'Al Qaida.

En savoir plus

Géopolitique 02-08

L’annonce en a donc été faite par le président des Etats-Unis Joe Biden depuis la Maison-Blanche dans une mise en scène sobre qui rappelait celle de mai 2011 où Barack Obama annonçait la mort d’Oussama ben Laden aux Américains.

Publicité

Al-Zawahiri n’était pas seulement l’éternel second d’Oussama ben Laden, il en était l’idéologue : c’est lui qui a imaginé le rôle et la direction idéologique de l’organisation terroriste et qui, d’une certaine façon était le mentor d’Oussama ben Laden.

Ben Laden possédait l’immense fortune nécessaire pour faire vivre l’organisation ; Al Zawahiri en était la tête pensante. Depuis sa mort en 2011, il était donc devenu le n1 indiscuté de l’organisation et communiquait « librement » avec les siens depuis Kaboul

Parce que – et c’est l’autre information importante de ce matin – il semble que le leader l’Al Qaida vivait depuis des mois à Kaboul et que le haut-commandement taliban le savait parfaitement, vu la localisation de la villa touchée par le drone étasunien.

Le quartier de Shirpour où vivait Al-Zawahiri est un quartier résidentiel particulièrement prisé du centre de Kaboul où les Talibans ont succédé aux autorités précédentes dans leurs villas, voire même leurs palais. Le quartier est quasiment un quartier officiel.

Impossible pour les Talibans d’ignorer que le chef d’Al Qaida résidait là avec sa famille. Une fois encore, on se retrouve dans la situation de 2011 où Oussama Ben Laden avait été débusqué, confortablement installé dans une ville-garnison de l’armée pakistanaise.

Mais surtout, pour les Etats-Unis, c’est une preuve indéniable de la duplicité des Talibans : en signant les accords de Doha, en 2020, le commandement taliban avait promis que, de retour au pouvoir, l’Afghanistan ne servirait plus de base arrière pour les djihadistes internationaux et encore moins pour Al Qaida. Une promesse qui visiblement ne valait même pas l’encre dans laquelle elle a été rédigée.

D’abord, cette opération est une réussite pour Joe Biden : elle est infiniment plus économe en moyen humain et matériels que celle qui en avait fini avec la vie d’Oussama ben Laden. Ensuite, elle efface en partie l’humiliation d’août de l’année dernière :

Souvenez-vous : des troupes américaines fuyant en désordre, des avions où s’agrippaient des Afghans désespérés, des milliers d‘entre eux se massant à l’extérieur de l’aéroport de Kaboul. A l’époque Joe Biden n’avait pas exclu des opérations de contre-terrorisme.

Celle conduite samedi et confirmée hier soir en était une. Par ailleurs, il reste beaucoup de choses à négocier avec les Talibans : le retour de l’aide internationale et de plusieurs milliards de dollars placés par les autorités précédentes aux Etats-Unis : inutile de préciser que Washington ne sera pas pressé de rendre cet argent à un pouvoir qui a manqué à sa parole.

Objectivement l’organisation qui a planifié et exécuté les opérations du 11 septembre n’est plus que l’ombre d’elle-même d’un point de vue opérationnel. La traque de l’ensemble des services secrets et militaires occidentaux – mais pas seulement – a été efficace sur le long terme.

Al Qaida s’est « recentré » - c’est-à-dire repliée ces dernières années sur ses terrains les plus facilement contrôlables : le Moyen-Orient et l’Afrique. Aujourd’hui, les filiales du groupe terroriste sont largement autonomes par rapport à « la base » qui ne servait plus ces dernières années qu’à fournir argent et légitimité.

La mort de son chef est donc un vrai coup dur pour Al Qaida : Al-Zawahiri était le plus ancien dans le rang le plus élevé. En disparaissant, il prive son organisation d’un élément essentiel pour une organisation terroriste fondée sur l’idéologie et la religion : le prestige et la légitimité d’un intellectuel du djihad particulièrement influent.

Références