Narendra Modi, le premier ministre indien, et Vladimir Poutine, le président russe, hier à New Delhi. ©AFP - Mikhail KLIMENTYEV / SPUTNIK / AFP
Narendra Modi, le premier ministre indien, et Vladimir Poutine, le président russe, hier à New Delhi. ©AFP - Mikhail KLIMENTYEV / SPUTNIK / AFP
Narendra Modi, le premier ministre indien, et Vladimir Poutine, le président russe, hier à New Delhi. ©AFP - Mikhail KLIMENTYEV / SPUTNIK / AFP
Publicité
Résumé

Le Président russe était hier en visite en Inde, le grand rival asiatique de la Chine dont il est pourtant proche ; et il s’entretient aujourd’hui avec Joe Biden sur la crise en Ukraine. Un grand jeu diplomatique bien à lui.

En savoir plus

Pour avoir une idée de la complexité du grand jeu diplomatique qui transforme la planète, il faut suivre l’agenda de Vladimir Poutine. Le Président russe, plus encore que son ami chinois Xi Jinping, ou que Joe Biden à Washington, joue plusieurs partitions à la fois, dans un monde loin d’être figé.

Poutine était hier à New Delhi, où il était accueilli chaleureusement par le premier ministre indien Narendra Modi, bien que les deux pays, autrefois très proches, aient aujourd’hui des amitiés très contradictoires : la Russie avec la Chine, et l’Inde avec les États-Unis, le tout sur fond de tensions entre l’Inde et la Chine qui ont provoqué l’an dernier un affrontement armé. 

Publicité

Plus compliqué encore, Poutine n’est pas arrivé les mains vides : il a livré à l’Inde son célèbre système antimissiles S-400, qui protègera donc son ami indien des missiles de son ami chinois. A Delhi, il a également signé 28 accords économiques avec l’Inde, au cours d’une visite brève mais fructueuse.

Ca peut sembler paradoxal, mais l’Inde comme la Russie trouvent un intérêt certain à montrer à leurs amis respectifs qu’ils ne sont pas leurs obligés. L’Inde s’est considérablement rapprochée des États-Unis, que ce soit avec Donald Trump ou Joe Biden, et appartient même au « Quad », une alliance dirigée de fait contre la Chine, avec le Japon, l’Australie et les États-Unis.

La Russie, de son côté, est de plus en plus étroitement liée à la Chine, à la fois en raison des sanctions occidentales depuis l’annexion de la Crimée en 2014 qui ont poussé Moscou vers la puissante économie chinoise : mais aussi dans une alliance de fait destinée à briser la domination occidentale.

Aussi bien l’Inde que la Russie ne veulent pas être uniquement les partenaires secondaires de coalitions rivales. New Delhi sait que Washington verra d’un mauvais œil l’installation des batteries de S-400 en Inde, tandis que Pékin s’agacera de ces effusions d’amitié de Poutine à Delhi quand la tension reste vive entre les deux géants asiatiques. Ces « infidélités » sont le signe que les alliances ne sont pas rigides dans le monde actuel.

Poutine s’entretient aujourd’hui avec Biden, et ça sera autre ambiance : la visioconférence entre les deux hommes intervient en pleine crise autour de l’Ukraine. Washington accuse Moscou de préparer une invasion de l’Ukraine en massant des troupes, il y aura donc une explication rude.

Vladimir Poutine joue là encore un jeu qui lui est propre, en utilisant tous les registres à sa disposition, à commencer par le militaire, pour consolider ce qu’il considère comme sa sphère d’influence, l’ex-empire soviétique, Ukraine incluse, donc. Il joue de l’intimidation, et teste l’engagement américain avant de calculer son prochain geste.

Aimable avec l’allié indien des Américains ; et agressif avec l’allié ukrainien des mêmes États-Unis, Vladimir Poutine montre que tout est possible dans cette période de recomposition. Ca oblige ses rivaux à une souplesse diplomatique certaine, car le grand jeu auquel se livre le Président russe ne ressemble à aucun autre.

Références

L'équipe

Pierre Haski
Production