La centrale nucléaire de Zaporijia en Ukraine ©Getty - Future Publishing / Contributeur
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Résumé

En prenant en otage la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, Moscou tente de tétaniser ses adversaires occidentaux.

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La centrale de Zaporijia en Ukraine est toujours sous la menace de tirs d’artillerie…

Tout le week-end, ces 6 réacteurs nucléaires, installés comme à la parade le long du fleuve Dniepr, ont fait effectivement l’objet de tirs et de contre-tirs de la part des deux belligérants.

Entendons-nous bien : je ne vais pas ici tenter de démêler qui des Russes ou des Ukrainiens ont tiré les premiers et qui met le plus en danger ce qui est, de fait, la plus grande centrale nucléaire d’Europe. On n’est pas dans une cour de récré.

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Ce qu’on sait, c’est qu’elle fournit en temps ordinaire 20% de son électricité à l’Ukraine. Ce qu’on sait aussi, c’est que les Russes la contrôlent militairement depuis mars dernier, tout en continuant à y faire travailler ses employés ukrainiens.

Ce qu’on sait enfin, c’est que Moscou a installé aux abords immédiats de Zaporijia des pièces d’artillerie lourdes avec lesquelles les troupes russes bombardent les positions ukrainiennes et la ville de Nikopol.

Aucun autre exemple de centrale nucléaire utilisée comme base militaire

C’est la 1ère fois de l’Histoire de l’âge nucléaire qu’une centrale se retrouve ainsi au milieu des combats, et ce de l’aveu même de l’Agence internationale pour l’Energie atomique de Vienne qui ne cesse de demander à inspecter le complexe.

Par contre, il n’est pas interdit de souligner la coïncidence de ces attaques avec le 77e anniversaire du bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. Comme toujours avec les Russes, il s’agit bien d’un message.

Le message est le suivant : vous avez aimé Tchernobyl 1986, vous risquez d’adorer Zaporijia 2022 ! Arrêtons cette guerre qui se prolonge et qui pourrait causer l’irréparable, à savoir la stérilisation d’une partie de l’Ukraine voire de l’Europe.

Les Russes ne gagneraient rien à détruire tout ou partie de cette centrale

Le but n’est pas de le faire, mais de menacer de le faire, afin de tétaniser la Communauté internationale. Ça fait partie d’une stratégie que le géopoliticien Frédéric Ancel appelle la « stratégie de la superpuissance pauvre ».

Ça consiste pour une puissance désargentée comme la Russie à utiliser des techniques disruptives et surtout peu coûteuses puisqu’elles ne font pas partie de l’arsenal traditionnel d’un pays en guerre :

Il y a eu le chantage aux céréales et à la famine mondiale, la propagande à grande échelle – dont celle de déployer « massivement » des contingents tchétchènes, histoire de terroriser les populations - et aujourd’hui, la menace nucléaire.

Le précédent magistral du chantage aux céréales

Voyez comme on en parle ce matin ! Quant au chantage russe sur les céréales, il a été très bien joué : les Russes ont organisé la pénurie, fait durer le problème, avec l’augmentation des prix, et ont même semblé apporter la solution !

Pour le nucléaire, cette première – une centrale nucléaire au cœur des combats – oblige le monde entier à regarder avec inquiétude où se construisent les centrales de demain : or, beaucoup le sont dans le monde arabe !

Turquie, Iran, Émirats arabes unis, Jordanie, Arabie saoudite, Égypte : tous ces pays qui sont autant de poudrières ont déjà ou auront bientôt des réacteurs nucléaires.

Or, on vient de comprendre avec la Russie et les menaces qui pèsent sur la centrale de Zaporijia qu’un missile bien placé ou non pouvait sans problème faire office de bombe atomique du pauvre.