« Mourir pour Bakhmut » : la bataille symbolique de la guerre d’Ukraine

Soldat ukrainien defendant la ville de Bakhmut, dans la région de Donestk, dans l’Est de l’Ukraine.
Soldat ukrainien defendant la ville de Bakhmut, dans la région de Donestk, dans l’Est de l’Ukraine. ©AFP - Diego Herrera Carcedo / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Soldat ukrainien defendant la ville de Bakhmut, dans la région de Donestk, dans l’Est de l’Ukraine. ©AFP - Diego Herrera Carcedo / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Soldat ukrainien defendant la ville de Bakhmut, dans la région de Donestk, dans l’Est de l’Ukraine. ©AFP - Diego Herrera Carcedo / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Publicité

Bakhmut concentre actuellement une part importante des forces, ukrainiennes et russes, qui s’affrontent pour cette ville détruite et désertée par sa population. Mais l’enjeu est devenu symbolique, au prix de nombreuses victimes.

Le nom de Bakhmut restera dans l’histoire de la guerre d’Ukraine comme celui de l’une des batailles les plus disputées. Depuis des semaines, dans cette ville de la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, les combats font rage, avec un nombre considérable de victimes.

L’enjeu est aujourd’hui moins stratégique que symbolique, ce qui n’est pas négligeable dans un conflit de ce type. Il y a un côté Verdun, une évocation de la première guerre mondiale dans cette bataille, avec des hommes qui meurent pour conquérir une maison ou un quartier - pour le reperdre le lendemain. Les armes, elles, sont celles du XXI° siècle, avec des drones, de la géolocalisation et des missiles.

Publicité

L’Ukraine avait rechigné jusqu’ici à prendre le risque de perdre trop d’hommes pour défendre des positions si elles n’étaient pas indispensables. Elle a changé de stratégie à Bakhmut, devenue un symbole de la capacité de l’armée ukrainienne à tenir, et donc à l’emporter un jour face à la Russie. Une défaite à Bakhmut serait négative au moment où l’Ukraine reçoit des promesses de nouvelles livraisons d’armes occidentales.

Face à elle, l’armée ukrainienne a les hommes de Wagner, l’armée dite « privée » d’Evgueni Prigojine, et ça change la donne.

Prigojine, autrefois surnommé le « cuisinier de Poutine », un surnom qui remonte à leur passé commun à Saint Petersburg, a créé le groupe Wagner, surtout connu pour ses opérations de mercenaires en Afrique, notamment au Mali où il a remplacé la France. Wagner est aujourd’hui engagé en son nom dans la guerre en Ukraine, avec des milliers d’hommes qui sont directement recrutés dans les prisons russes : six mois sur le front et, s’ils sont encore en vie, ils sont blanchis.

Prigojine en fait une question personnelle. Il s’est mis en scène ces derniers jours dans des vidéos tournées non loin de Bakhmut, encourageant ses hommes. C’est pour lui une manière indirecte de critiquer l’état-major russe pour son inefficacité. Mais pour bien montrer sa force, il lui faut gagner à Bakhmut. Une victoire qui rejaillirait négativement sur l’armée régulière.

On quitte ici le champ de bataille ukrainien pour retrouver les jeux de pouvoir et d’influence à Moscou.

Sur place, ces derniers jours, les forces de Wagner ont tenté une percée sur la localité de Soledar, voisine de Bakhmout. Les combats ont été acharnés et, selon Kiev, les Russes ont dû renoncer après de lourdes pertes.

Les Ukrainiens ne communiquent pas sur leurs propres pertes, mais celles-ci sont aussi importantes, et Kiev a renvoyé des renforts à Bakhmut pour aider à résister aux assauts russes.

Cette bataille de Bakhmut, une ville désertée par 90% de ses habitants, est devenue d’autant plus symbolique que le front est plus ou moins stabilisé ailleurs, à l’exception des bombardements russes des villes, ukrainiennes.

Tout ceci ne fait que conforter le sentiment que cette guerre n’est pas près de s’arrêter. « Mourir pour Bakhmut » est aujourd’hui le symbole de la détermination à chaque camp de ne rien céder sur ses objectifs.