Char russe détruit dans la localité de Balakliya, dans la région de Kharkiv, reconquise par l’armée ukrainienne dans sa contre-offensive. ©AFP - Juan BARRETO / AFP
Char russe détruit dans la localité de Balakliya, dans la région de Kharkiv, reconquise par l’armée ukrainienne dans sa contre-offensive. ©AFP - Juan BARRETO / AFP
Char russe détruit dans la localité de Balakliya, dans la région de Kharkiv, reconquise par l’armée ukrainienne dans sa contre-offensive. ©AFP - Juan BARRETO / AFP
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Résumé

Pétition d’élus locaux contre Poutine, appels à l’escalade de propagandistes du régime… Les nouvelles de la déroute de l’armée russe dans le nord-est de l’Ukraine mettent le président russe sous pression.

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Samedi soir, alors que de nombreux Russes commençaient à prendre conscience de la débâcle de leur armée dans le nord-est de l’Ukraine, Vladimir Poutine inaugurait une grande roue pour le 875ème anniversaire de la fondation de Moscou. Depuis six mois, le Président russe fait comme si ce qu’il appelle toujours l’« opération militaire spéciale », se déroulait comme prévu.

Or rien ne se passe comme prévu, et certains Russes le savent, ceux qui ont accès à l’information par les chaînes de la messagerie Telegram, ou qui s’informent à l’étranger. Suffisamment de gens, en tous cas, pour que l’on sente, pour la première fois depuis le début de l’invasion il y a 200 jours, des craquements dans la façade unitaire du pouvoir russe.

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Car ce qui se passe depuis une semaine dans la région de Kharkiv n’est pas de l’ordre de la péripétie : c’est une victoire majeure de l’armée ukrainienne, passée à l’offensive avec succès. En Russie, où l’information indépendante a été supprimée, où le mot « guerre » est interdit, où toute critique est considérée comme de la « trahison », les réactions sont de l’ordre de l’inédit.

Il y a d’abord ces pétitions sacrilèges d’élus locaux de Saint Petersbourg et de Moscou, qui réclament rien de moins que la destitution de Poutine. Ceux de Saint Petersbourg ont même envoyé leur requête à la Douma, le Parlement, pour qu’elle lance la procédure en destitution, ce qu’elle ne fera pas ; mais le geste est incroyable en temps de guerre.

Et il y a ces appels à l’escalade, de Margarita Simonyan, la patronne de la chaîne RT nommée par le Kremlin, et d’autres propagandistes, qui appellent à plonger l’Ukraine dans le noir, à la priver d’eau, pour la punir « de servir les intérêts des États-Unis pour nous détruire ». Les va-t-en-guerre épargnent Poutine, mais ne cachent pas leur frustration face à la manière dont la guerre est menée.

Le porte-parole du Kremlin s’est contenté de répondre que la guerre se poursuivrait tant que tous les objectifs ne sont pas atteints ; il est vraisemblable que Poutine ne négociera pas en position de faiblesse, ce n’est pas son genre : il choisira l’escalade. Pour le Président russe, la victoire est un enjeu existentiel.

Vladimir Poutine a une marge d’escalade encore importante, même si sa capacité à envoyer plus de troupes est limitée tant qu’il se refusera à décréter la mobilisation générale. Mais sur le type d’armements, sur les cibles et sur les méthodes, il peut franchir de nouveaux seuils, comme ces missiles dimanche soir qui ont plongé Kharkiv dans le noir.

Mais les cibles civiles sont autant d’aveux de faiblesse, lui qui expliquait dans son texte du 12 juillet 2021, sept mois avant d’envoyer son armée, que Russes et Ukrainiens ne sont « qu’un seul peuple ». Dimanche soir, après la volée de missiles sur Kharkiv, le président ukrainien Zelensky s’est adressé aux Russes : « Pensez-vous toujours que nous ne sommes qu’un seul peuple » ? (lire son texte complet traduit en français par le site Le Grand Continent)

Comme l’écrit la chercheuse Anna Colin-Lebedev, dans son livre tout juste paru, « Jamais frères ? Ukraine et Russie, une tragédie post-soviétique » (Seuil) : « La société russe, en grande partie aveugle à cette guerre menée en son nom, ne réalise pas encore la profondeur de la déchirure, qui est pourtant entérinée du côté de l’agressé, l’Ukraine ».

Peut-être faudra-t-il une défaite plus importante encore pour que les Russes ouvrent pleinement les yeux.