L’énergie, maillon faible des sanctions européennes contre la Russie

Extraction de pétrole au Tatarstan, une région de Russie.
Extraction de pétrole au Tatarstan, une région de Russie. ©AFP - Maksim Bogodvid / Sputnik / Sputnik via AFP
Extraction de pétrole au Tatarstan, une région de Russie. ©AFP - Maksim Bogodvid / Sputnik / Sputnik via AFP
Extraction de pétrole au Tatarstan, une région de Russie. ©AFP - Maksim Bogodvid / Sputnik / Sputnik via AFP
Publicité

Malgré des sanctions sévères contre la Russie pour son invasion de l’Ukraine, les livraisons de pétrole et de gaz russe continuent d’approvisionner l’Europe, trop dépendante pour arrêter d’un seul coup. Une contradiction majeure.

Le « Mediterranean Voyager » est un pétrolier battant pavillon des Bahamas. Il a quitté vendredi le port russe de Novorossiysk avec à son bord un chargement de 100 000 tonnes de pétrole brut, d’une valeur de 57 millions d’euros. 

Le commanditaire est l’Américain Chevron, et sa destination l’Europe. Direction Rotterdam, le grand port néerlandais, que le tanker atteindra le 29 mars. Ce matin, il attend son tour en mer Noire pour passer en Méditerranée, vous pouvez suivre son voyage en temps réel sur les sites de navigation commerciale.

Publicité

En pleine invasion russe de l’Ukraine, alors que l’Europe se mobilise pour soutenir ce pays agressé, et que les États-Unis ont décrété un embargo pétrolier et gazier sur la Russie, le « Mediterranean Voyager » est le symbole des contradictions occidentales. 

Une compagnie pétrolière américaine, des clients européens, et à l’arrivée des dizaines de millions de dollars dans les caisses de la Russie ; une faille béante dans les sanctions pourtant massives qui ont été adoptées contre Moscou, et dont la Commission européenne a annoncé hier une quatrième série.

Cette faille s’explique plus qu’elle se justifie. Hier, le Commissaire européen Thierry Breton a affirmé au micro du 7/9 de France Inter que le Sommet européen de Versailles avait donné mandat à la Commission de préparer un plan de réduction de deux tiers de la dépendance européenne au pétrole et au gaz russes d’ici la fin de l’année. « C’est énorme », a-t-il dit.

Le problème est que ce chiffre impressionnant des deux tiers ne figure pas dans les conclusions publiques du Sommet, même s’il avait été mentionné plusieurs fois précédemment par la Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Le texte de Versailles se contente d’affirmer que « nous sommes convenus de nous défaire progressivement de notre dépendance aux importations de gaz, de pétrole et de charbon russes, et ce dès que possible ». C’est beaucoup moins précis.

Il faudra donc bien voir si, dans le délai de quinze jours annoncé par Thierry Breton, le plan des deux tiers est bien approuvé par le prochain Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement, ou si les hésitations que l’on ressent parmi les « 27 » repoussent cet objectif ambitieux.

A Versailles, certains pays comme les Baltes et la Pologne, les plus exposés à la guerre d’Ukraine et à la menace russe, soutenus par le responsable de la diplomatie européenne Josep Borrell, réclamaient un embargo immédiat ; ils se sont heurtés à l’opposition de l’Allemagne et l’Italie, en particulier, qui n’y sont absolument pas prêts.

C’est la limite de l’engagement européen, malgré l’émotion légitime suscitée par les images de plus en plus éprouvantes des villes ukrainiennes, et l’afflux de réfugiés. A mettre dans la balance avec la question des prix de l’énergie et de possibles disruptions de l’approvisionnement, c’est vite tranché.

Cette question suscite une grande frustration chez les dirigeants ukrainiens sous pression, qui se voient priver des actions de soutien les plus efficaces. Faudra-t-il le siège et les souffrances accrues de Kiev, voire la chute de la capitale ukrainienne, pour que les « 27 » s’y résolvent ? « Rien n’est tabou », a déclaré vendredi Emmanuel Macron à l’issue du sommet de Versailles, mais pourquoi attendre ?

L'équipe