Premier sommet sino-américain depuis l’élection de Joe Biden il y a deux ans, hier à Bali, à la veille du G20.
Premier sommet sino-américain depuis l’élection de Joe Biden il y a deux ans, hier à Bali, à la veille du G20. ©AFP - Yan Yan / XINHUA / Xinhua via AFP
Premier sommet sino-américain depuis l’élection de Joe Biden il y a deux ans, hier à Bali, à la veille du G20. ©AFP - Yan Yan / XINHUA / Xinhua via AFP
Premier sommet sino-américain depuis l’élection de Joe Biden il y a deux ans, hier à Bali, à la veille du G20. ©AFP - Yan Yan / XINHUA / Xinhua via AFP
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Le Sommet Biden-Xi a fait baisser la température entre les deux pays, après une rapide dégradation des relations, notamment autour de Taiwan cet été. Sur l’Ukraine ou sur Taiwan, la Chine a donné des gages qui permettent d’amorcer un processus diplomatique.

L’enjeu d’une rencontre entre dirigeants chinois et américains dans la période actuelle n’est pas de se réconcilier, mais d’apprendre à s’opposer sans nécessairement se faire la guerre, fut-elle froide.

C’était l’objectif, limité mais pas pour autant facile, de ce premier sommet, hier à Bali, entre Joe Biden et Xi Jinping depuis l’élection du Président américain il y a deux ans. La rencontre a fait baisser la température, mais c’est sur la durée qu’on verra si l’objectif a été atteint.

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On peut déjà noter plusieurs éléments positifs : le premier a son importance, c’est la différence de traitement, de la part de Washington, entre la Russie et la Chine, pourtant unis dans leur contestation de l’ordre mondial occidental.

Joe Biden combat la Russie en aidant l’Ukraine, il parle à Xi Jinping malgré les fortes tensions entre les deux pays. Je pense notamment à la crise militaire autour de l’île de Taiwan après la visite de Nancy Pelosi, cet été.

Pourquoi cette différence de traitement ? Elle s’explique d’abord par le fait que Vladmir Poutine a commis l’irréparable en attaquant l’Ukraine, alors que Xi Jinping reste dans les codes de la rivalité stratégique, même vigoureuse et risquée.

La seconde raison est que la Chine n’est pas prête à l’escalade, économiquement et militairement. Et de fait, Xi Jinping a donné des gages hier à Joe Biden. D’abord en laissant le Président américain se faire écho de l’opposition chinoise à toute menace de recours à l’arme nucléaire. Cette prise de position ne figure pas dans le compte rendu chinois, mais il ne fait pas de doute qu’elle a été prononcée, et elle marque une prise de distance avec les menaces régulièrement avancées par Vladimir Poutine et ses proches.

Cette distanciation rejoint une confidence, dans le « Financial Times » d’hier, d’un officiel chinois confiant que Poutine n’avait pas dit la vérité à Xi Jinping lors de leur rencontre à Pékin juste avant l’invasion de l’Ukraine. Vrai ou faux, le faire savoir signifie que Pékin ne veut pas subir les conséquences de l’échec russe en Ukraine.

L’autre indication donnée par Joe Biden après son entretien avec Xi Jinping a aussi son importance : il a reçu l’assurance que la Chine n’a pas de projet d’attaque « imminent » de Taiwan. En retour, le président américain a déclaré que la politique américaine vis-à-vis de Taiwan n’avait pas changé.

Rien n’est réglé, mais tout le monde en convient, le statu quo est la meilleure situation possible dans le détroit de Taiwan ; c’est aussi l’avis des Taiwanais eux-mêmes.

Pour autant, les différents sont colossaux, en particulier ceux qui n’ont pas été cités publiquement hier : la guerre technologique menée par les États-Unis, et en particulier les dernières mesures de restriction sur les semi-conducteurs. C’est l’arme fatale des Américains, le talon d’Achille des Chinois, Pékin le sait.

La relation sino-américaine évite donc le dérapage incontrôlé qui était à craindre. Un processus a été initié à Bali, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire, entre les deux superpuissances du XXI° siècle, pour créer la confiance, et donc apprendre à rivaliser sans s’affronter.