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Résumé

Après presque 9 années de présence au Mali, la France doit plier bagages (et soldats). Une première pour Paris qui, en un demi-siècle, est intervenu une quarantaine de fois en Afrique.

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La France a donc retiré hier ses dernières troupes du Mali…

Elle l’a fait le 15 août, date anniversaire des débuts de la débâcle étasunienne d’Afghanistan. Le message est clair : les Américains sont partis de Kaboul dans le chaos ; nous évacuons le Mali en bon ordre, à la date prévue et dans l’honneur.

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En fait, cette petite démonstration infantile souligne plutôt les similitudes avec l’opération afghane de Washington : comme les Américains en Afghanistan, nous sommes restés trop longtemps ; 20 ans pour eux ; 9 ans pour nous.

Mais surtout, comme les Américains en Afghanistan, nous avons prétendu battre des organisations djihadistes locales ou internationales avec des moyens militaires et non de contre-terrorisme. Dans les deux cas, c’était perdu d’avance !

Non pas que l’armée française ait démérité au Mali, mais toutes les victoires tactiques d’une armée expéditionnaire ne produisent à la fin que des échecs stratégiques. Au fur et à mesure, l’ennemi s’aguerrit, se renforce et gagne en prestige !

Avec les opérations Serval, puis Barkhane : d’un conflit qui, en 2013, restait confiné aux marges du désert algérien et au nord du Mali, on aboutit aujourd’hui à au moins trois pays impliqués : Mali, Niger, Burkina Faso ! L’année dernière, plus de 2 500 actes terroristes ont été recensés entre les trois pays faisant 6 000 morts. Quel Echec !

Les autres erreurs de Paris ?

Paris a fait au Mali de la « Françafrique » à l’ancienne, c’est-à-dire envoyer l’armée d’abord, papoter ensuite. En 60 ans, la France est intervenue pas moins d’une quarantaine de fois en Afrique et toujours de cette façon.

La Grande-Bretagne qui, elle aussi, est une ancienne puissance coloniale, n’est – à titre de comparaison – intervenue militairement qu’une fois depuis les indépendances : au Sierra Leone, en 2000, sous Tony Blair.

De plus, la France au Mali s’est mêlée de politique intérieure malienne, en soutenant, par exemple, des organisations touarègues au nord du Mali, les dédouanant de l’opprobre « djihadiste » pour leur confier un rôle de maintien de l’ordre.

Déjà, à l’époque de la Coloniale, les militaires et responsables français avaient un faible pour les « hommes bleus » du désert, qu’ils considéraient comme des guerriers valeureux. Des seigneurs en somme. Les réflexes reviennent vite !

Mais pour Bamako, qui subit depuis des décennies les rébellions touarègues méprisant les populations noires du sud, les accords de paix d’Alger de 2015 qui les obligeaient à partager le pays en zone d’influence, étaient insupportables. Enfin, trop d’indulgence envers des pouvoirs (qui ont) faillis a fini de décrédibiliser Paris.

On ne peut pas réclamer un processus démocratique exemplaire au Mali et soutenir une succession dynastique au Tchad. On ne peut pas appuyer des décennies durant un régime militaire au Burkina Faso – celui de Blaise Compaoré - et en menacer un autre à Bamako.

Ces contradictions-là se paient très cher, alors même que la France est un des seuls pays du monde occidental à avoir fait de l’Afrique une priorité stratégique. Mais, il faut que Paris purge son passé et ses pratiques coloniales si elle veut avoir un avenir en Afrique.

Oui, il y a 60 ans, nous avons tué des dizaines de milliers d’indépendantistes au Cameroun et aussi à Madagascar, il y a 75 ans. Or un seul mot – pas une commission d’historiens - d’un président français suffirait, pour notre part, à crever l’abcès et à avancer… ensemble.

Références