Le Forum de Davos, symbole d’une mondialisation dépassée

Le logo du Forum économique mondial de Davos – World Economic Forum en anglais.
Le logo du Forum économique mondial de Davos – World Economic Forum en anglais. ©AFP - Fabrice COFFRINI / AFP
Le logo du Forum économique mondial de Davos – World Economic Forum en anglais. ©AFP - Fabrice COFFRINI / AFP
Le logo du Forum économique mondial de Davos – World Economic Forum en anglais. ©AFP - Fabrice COFFRINI / AFP
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Le Forum de Davos, qui a longtemps donné le ton de la mondialisation, a ouvert ses portes hier dans la station suisse, mais dans un climat différent. La mondialisation est en panne, la guerre est en Europe, et la géopolitique dresse de nouveaux murs.

Pendant près de trois décennies, le Forum économique mondial de Davos, perché dans les montagnes suisses, a donné le ton de la mondialisation heureuse. Dans les années 90, c’est là que j’ai compris l’impact de la révolution numérique ; on pouvait y croiser Nelson Mandela et Frederick de Klerk, ou Yasser Arafat et Shimon Pérès main dans la main ; les nouvelles démocraties d’Europe de l’Est y ont fait leurs premiers pas dans l’économie libérale ; et au tournant du siècle les pays émergents y ont reçu la visibilité souhaitée auprès des investisseurs du monde entier.

Tout ça est bien terminé. Le monde rêvé de Davos, celui de la libre circulation des marchandises et des capitaux, celui des chaînes de production intégrées à l’échelle mondiale, et de la technologie pour le bien commun, s’est heurté à des périls qu’il n’a pas su ou pu prédire.

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Le monde s’est fracturé, les murs ont ressurgi, et l’édition 2023 se tient sur le même continent que la première guerre de haute intensité en Europe depuis 1945. La dernière grande initiative de Davos restera une erreur historique : le tapis rouge déroulé au numéro un chinois Xi Jinping en 2017, pour se présenter en sauveur du libre-échange. C’était habile face à Donald Trump, mais à contretemps face à l’évolution du pouvoir chinois.

Le Covid et les rivalités géopolitiques ont eu raison d’un certain modèle de mondialisation. Davos a accompagné l’essor de la Chine « usine du monde », mais n’a pas vu venir l’exigence croissante de régionalisation de la production, voire du « découplage » avec la Chine dans les technologies sensibles.

Le Forum de Davos est comme un personnage de dessin animé qui continue de courir même quand le sol disparaît sous ses pieds, avant de réaliser trop tard qu’il avance dans le vide. La réunion annuelle dans la station suisse reste un bon lieu de réseautage pour les grands patrons, et même d’échange d’informations ; mais il a perdu son côté boussole de la mondialisation qu’il a incarné avec délice – et profit.

Paradoxalement, les altermondialistes, qui avaient calé leur discours en directe opposition à celui de Davos, ont eu aussi connu un profond reflux : la société parallèle qu’ils avaient impulsée s’est essoufflée.

Nous sommes dans un entredeux inquiétant. La mondialisation a de beaux restes, mais c’est plus un héritage des 20 dernières années qu’une promesse d’avenir. Le changement climatique et la géopolitique ont commencé à inverser les flux.

Le monde de demain a du mal à se dessiner, en raison des fortes tensions actuelles. Quel sera l’état de la relation avec la Chine dans trois ou cinq ans ? Quel sera l’impact des décisions -ou non-décisions- climatiques ? Et surtout, comment la guerre d’Ukraine et ses différentes conclusions influenceront-elles notre monde ?

Une chose est sûre, ce n’est pas de Davos que sortiront les réponses à ces questions existentielles : ce n’est plus le lieu. Il reste à inventer le Davos du XXI° siècle, moins élitiste, plus inclusif, tout simplement plus humain.