Le Sri Lanka en faillitte
Le Sri Lanka en faillitte
Le Sri Lanka en faillitte ©Maxppp - VALERIE VREL
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Le Sri Lanka en faillitte ©Maxppp - VALERIE VREL
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Résumé

Avec un endettement excessif, le Sri Lanka n’a plus les moyens de payer le pétrole importé, et se tourne vers le FMI. Une crise économique majeure, doublée d’une crise politique et géopolitique.

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Dans le délitement actuel du monde, il y a des guerres, des pénuries, des tensions économiques. Et il y a un pays en faillite : le Sri Lanka, une île de 22 millions d’habitants au sud de l’Inde.

Oui, en faillite, comme une entreprise ou un particulier. Le gouvernement sri-lankais a annoncé qu’il n’y aurait plus de pétrole disponible à partir d’aujourd’hui, car il n’a pas les dollars pour en acheter. Trois tankers pleins attendent au large de l’île ; ils exigent d’être payés avant de décharger leur cargaison, mais les caisses sont vides.

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Le Sri Lanka traverse la pire crise économique depuis son accession à l’indépendance en 1948

Incapable de rembourser 8 milliards de dollars de dette internationale qui arrivent à maturité cette année, le pays fait face à plusieurs heures de coupures d’électricité chaque jour, à des pénuries de médicaments, de produits alimentaires, une paupérisation générale… Et cette situation se double d’une crise politique aigüe, dans un contexte géopolitique très sensible, entre la Chine et l’Inde.

Plusieurs facteurs ont contribué à cette catastrophe

Un mélange de gestion hasardeuse, à commencer par un endettement excessif ; et de facteurs extérieurs, comme la pandémie qui a stoppé le tourisme, et la guerre d’Ukraine qui a poussé vers les sommets les prix de l’énergie et des céréales.

Mais c’est aussi la mise en coupe réglée du pays par une dynastie politique, les Rajapaksa, qui porte une lourde responsabilité. A l’exception d’un court intermède, les Rajapaksa ont dirigé le Sri Lanka au cours des deux dernières décennies, avec un pouvoir ultra-nationaliste corrompu. Jusqu’à récemment, le Président et le Premier ministre étaient deux frères, et d’autres membres du clan se partageaient les postes-clés. Le mois dernier, la population est descendue dans la rue pour exprimer sa colère face à l’aggravation de la situation, et a chassé le gouvernement. Reste le Président Gotabaya Rajapaksa, qui s’accroche au pouvoir en tentant de jouer l’union nationale.

Contraint et forcé, le pays s’est tourné vers le Fonds monétaire international pour demander de l’aide, en sachant qu’il devrait en passer par des conditions draconiennes. Il tente également de solliciter les deux puissances régionales rivales qui tournent autour du Sri Lanka, la Chine et l’Inde.

Et c’est là que, évidemment, au-delà des souffrances infligées à la population, le sort du Sri Lanka prend une dimension géopolitique. Le premier créancier du pays est la Chine, qui a multiplié les crédits dans le cadre de ses nouvelles routes de la soie.

Avec un gros accident de parcours

Faute de pouvoir rembourser, le Sri Lanka a dû céder le contrôle d’un port en eau profonde à une entreprise d’État chinoise pour 99 ans, au grand dam de l’Inde voisine. Du Sri Lanka dans l’océan Indien, aux îles Salomon dans le Pacifique Sud, il est difficile d’échapper au climat de guerre froide qui s’infiltre partout dans la zone Indo-Pacifique.

État en faillite générale, le Sri Lanka est annonciateur de ce qui menace un certain nombre de pays fragilisés, que les conséquences de la pandémie et de la guerre d’Ukraine poussent dans la crise. Le monde doit se préparer à y faire face, car le potentiel de déstabilisation est considérable.