Funérailles de combattants Houthis tués dans des affrontements avec l’armée loyaliste, le 10 janvier 2022 à Sanaa, la capitale du pays qu’ils contrôlent. ©AFP - MOHAMMED HUWAIS / AFP
Funérailles de combattants Houthis tués dans des affrontements avec l’armée loyaliste, le 10 janvier 2022 à Sanaa, la capitale du pays qu’ils contrôlent. ©AFP - MOHAMMED HUWAIS / AFP
Funérailles de combattants Houthis tués dans des affrontements avec l’armée loyaliste, le 10 janvier 2022 à Sanaa, la capitale du pays qu’ils contrôlent. ©AFP - MOHAMMED HUWAIS / AFP
Publicité
Résumé

Une attaque de drones sans précédent, revendiquée par les rebelles Houthis pro-iraniens du Yémen, a fait trois morts et détruit des installations pétrolières à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis. Une escalade qui ne restera pas sans conséquences.

En savoir plus

C’est une nouvelle escalade dans une guerre qui dure depuis sept ans, a ravagé un pays, le Yémen, et ne trouve pas de solution en raison de ses implications régionales. 

L’attaque d’hier qui a fait trois morts, détruit des entrepôts de pétrole et provoqué un incendie dans un aéroport d’Abu Dhabi, est sans précédent. Les Houthis, les rebelles yéménites soutenus par l’Iran, ont revendiqué cette attaque spectaculaire à 1200 kilomètres de leur territoire. Ils disent avoir utilisé des missiles balistiques et des drones ; les Émirats arabes unis parlent uniquement de drones.

Publicité

Jusqu’à présent, les Houthis avaient utilisé missiles et drones contre l’Arabie saoudite voisine, qui a déclenché la guerre contre leur rébellion voici sept ans. La plupart des missiles envoyés en direction de l’Arabie saoudite sont interceptés par la défense du Royaume, mais certains ont atteint leur cible, et notamment des installations pétrolières en 2019.

L’attaque d’hier constitue une démonstration de force des Houthis, qui ne sera pas sans conséquences.

Comme le souligne l’International Crisis Group, le centre de recherche basé à Bruxelles, dans son étude sur les conflits à suivre en 2022, le Yémen a disparu de l’écran radar médiatique, mais n’en a pas moins connu une escalade militaire considérable l’an dernier.

Ces derniers mois, les Houthis se sont approchés d’une zone-clé, la province de Marib, riche en pétrole et gaz, sonnant l’alarme sur leurs moyens militaires. Une victoire à Marib pourrait être décisive, ce qui inquiète l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui ont engagé d’importants moyens contre eux.

Les Houthis justifient leur attaque d’hier comme une riposte à des raids de l’aviation émirienne. Début janvier, un autre incident avait opposé les deux parties : les Houthis ont intercepté un navire battant pavillon émirien au large du port yéménite d’Hodeida.

Ces péripéties militaires se déroulent sur fond de tragédie humanitaire, que de maigre espoirs de trève et de négociation depuis deux ans n’ont pas permis d’arrêter.

Ce conflit est sans solution tant qu’il a une dimension régionale impliquant l’Iran et ses rivaux du Golfe, l’Arabie saoudite et les Émirats. Ils se battent par Yéménites interposés, à défaut de s’affronter directement, ce qui aurait une dimension beaucoup sérieuse.

Mais tout se tient dans cette région. Les négociations entre l’Iran et les signataires de l’accord nucléaire approchent de leur conclusion à Vienne, sans que l’on puisse être sûr de leur issue : un nouvel accord qui donnerait un coup d’arrêt au nucléaire iranien, ou un échec aux conséquences incalculables. 

Et parallèlement des contacts directs entre Saoudiens et Iraniens, là encore sans résultats tangibles. Des diplomates iraniens sont à Ryad en ce moment, pour la première fois depuis 2016.

La seule certitude de ce paysage régional complexe et piégé, c’est que le conflit yéménite n’a que trop duré : l’escalade d’Abu Dhabi, à 1200 kilomètres du front, en est la preuve. Ce conflit a depuis longtemps échappé à sa cause initiale, mais personne ne sait -ou ne veut- le débrancher.