Scènes d'émeute hier soir à Téhéran, après la mort d'une jeune femme entre les mains de la police des moeurs ©AFP - AFP
Scènes d'émeute hier soir à Téhéran, après la mort d'une jeune femme entre les mains de la police des moeurs ©AFP - AFP
Scènes d'émeute hier soir à Téhéran, après la mort d'une jeune femme entre les mains de la police des moeurs ©AFP - AFP
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Résumé

Arrêtée par la police des mœurs, Mahsa Amini, 22 ans, est morte trois jours plus tard dans des conditions troubles. Sa mort a déclenché une vague de révoltes des jeunes contre l’ordre moral imposé par le régime des mollahs.

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Mahsa Amini était une jeune Iranienne de 22 ans : elle visitait Téhéran avec sa famille la semaine dernière lorsqu’une patrouille de la police des mœurs l’a attrapée. Une mèche de cheveux trop visible sous le voile… Trois jours après, elle était morte ; et la jeunesse iranienne explose de colère.

Ca fait plus de quarante ans que ça dure, depuis la Révolution islamique de 1979. Quarante ans que les mollahs au pouvoir décident des vêtements des femmes, de ce qu’elles peuvent montrer, de ce qu’elles doivent cacher. Quarante ans avec des hauts et des bas, des moments de tolérance, et d’autres de conservatisme inquisiteur.

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Génération après génération, les femmes iraniennes ont tenté de se libérer de ce carcan. La nouvelle génération pousse encore plus fort, avec l’aide des réseaux sociaux sur lesquels elles défient l’ordre moral.

L’actuel Président, Ebrahim Raisi, un ultraconservateur qui ambitionne de succéder au Guide vieillissant, a décidé de sévir, et a durci les lois que la police des mœurs fait respecter. Mahsa Amini en est la victime.

Dès samedi, les funérailles de la jeune femme, dans sa ville natale du Kurdistan iranien, ont tourné à l’affrontement avec la police. Il y a eu un mort et des dizaines de blessés. Les protestations et la répression se sont étendus au reste du pays, et hier à Téhéran où les étudiants de trois universités sont descendus dans la rue.

De nombreuses vidéos tournées dans la capitale montrent la foule des manifestants, autant d’hommes que de femmes, et l’intervention des Gardiens de la révolution, des canons à eau et des véhicules de la police des moeurs en flammes.

La mort de Mahsa Amini a été le détonateur d’une frustration culturelle, sociale, politique omniprésente. Tout comme le suicide d’un vendeur de légumes avait déclenché la révolution tunisienne en 2011, la mort, dans des conditions troubles de cette jeune femme pour une mèche de cheveux de trop, a ouvert les vannes.

Sur les réseaux sociaux, de jeunes femmes coupent leurs cheveux face caméra par solidarité avec Mahsa Amini, parfois elles vont jusqu’à les brûler. C’est une protestation symbolique, dans un pays verrouillé.

L’Iran a une longue histoire de protestations écrasées dans le sang. En 2009, la « révolution verte » contre les élections truquées de Mahmoud Ahmadinejad ; en 2019 un vaste mouvement de protestation sociale, des centaines de morts.

Nul ne doit sous-estimer la capacité de ce régime à tout faire pour sauver son pouvoir, il l’a prouvé par le passé. Et le climat international, avec les négociations sur le nucléaire iranien dans l’impasse, et le rapprochement de Téhéran avec la Russie de Poutine, ne plaident pas pour une approche tolérante.

Rarement le décalage n’est apparu aussi grand entre les vieux religieux au sommet de l’État et une jeunesse qui ne demande qu’à vivre librement. En Iran, comme en Afghanistan depuis le retour des talibans, ce sont les femmes qui sont les victimes expiatoires de ces pouvoirs théocratiques. Ce sont elles, aussi, qui résistent comme elles peuvent, et inspirent le respect et l’admiration.