Un flot ininterrompu de réfugiés arrive en Pologne, ici au poste frontière de Medyka lundi 21 mars. Deux millions d’Ukrainiens sont passés par la Pologne. ©AFP - Ayhan Mehmet / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Un flot ininterrompu de réfugiés arrive en Pologne, ici au poste frontière de Medyka lundi 21 mars. Deux millions d’Ukrainiens sont passés par la Pologne. ©AFP - Ayhan Mehmet / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Un flot ininterrompu de réfugiés arrive en Pologne, ici au poste frontière de Medyka lundi 21 mars. Deux millions d’Ukrainiens sont passés par la Pologne. ©AFP - Ayhan Mehmet / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

L’ex-Président russe Dimitry Medvedev a lancé hier une attaque frontale contre la Pologne, traitant ses dirigeants d’« imbéciles » et de « russophobes », pour leur posture très dure face à l’invasion de l’Ukraine. Joe Biden est attendu vendredi en Pologne.

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« Les dirigeants polonais sont des imbéciles ». Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Dimitry Medvedev, la « doublure » de Vladimir Poutine à la Présidence russe, et toujours l’une des principales personnalités politiques du pays. Il ne s’agit pas d’un dérapage verbal accidentel, mais bien intentionnel, contenu dans un texte consacré à la Pologne publié par Medvedev, hier à Moscou.

Cette attaque frontale n’est surprenante que dans sa forme. La Pologne est, de fait, en première ligne face à la guerre en Ukraine. C’est en Pologne que sont arrivés deux des trois millions de réfugiés ; c’est par là -c’est un secret de polichinelle-, que transitent les armes occidentales pour les forces ukrainiennes. Et les dirigeants polonais ont adopté une posture très ferme face à l’agression russe, en appelant à la coupure totale des relations économiques de l’Union européenne avec la Russie. 

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La réponse de Moscou était d’autant plus prévisible que la Pologne attend en fin de semaine la visite du Président américain Joe Biden, au lendemain d’un sommet extraordinaire de l’Otan à Bruxelles ; et c’est dans ce pays qu’ont été déployés des milliers de soldats américains, destinés à rassurer les pays du « flanc est » de l’Alliance atlantique.

Le texte de Medvedev est d’abord fascinant par son rapport déformé à l’histoire, à l’image de son « patron », Vladimir Poutine, vis-à-vis de l’Ukraine. Il affirme que Varsovie ne s’est pas remise de l’expulsion des « envahisseurs polonais du Kremlin », il y a 400 ans… 

Mais il oublie quelques épisodes plus récents qui ont laissé des traces cruelles, comme le dépeçage de la Pologne lors du Pacte germano-soviétique d’août 1939, le massacre de plusieurs milliers de membres de l’élite polonaise à Katyn en 1940, ou encore quatre décennies d’occupation et de privation des libertés jusqu’à la fin du bloc de l’Est.

Medvedev dénonce la « russophobie » des dirigeants polonais, ce qui n’est pas faux s’agissant de l’homme fort du pouvoir actuel, Jaroslaw Kaczynski, qui reste persuadé que l’État russe est responsable de la mort de son frère jumeau, l’ex-Président Lech Kaczynski, dans un accident d’avion en 2010, alors qu’il se rendait justement sur le site de Katyn pour des commémorations. 

Jaroslaw Kaczynski en a conçu une profonde hostilité à la Russie, mais ça n’explique pas tout.

Cette animosité peut-elle déboucher sur un affrontement ? La Pologne fait partie de l’Otan, et bénéficie donc de la protection de l’alliance qui fait défaut à l’Ukraine, c’est toute la différence. 

Néanmoins, les tensions sont vives dans cette zone car la Russie a menacé de s’en prendre aux filières d’approvisionnement en armes entre la Pologne et l’Ukraine. C’est comme ça que les Occidentaux ont interprété le bombardement par la Russie, la semaine dernière, de la base militaire de Yavoriv, non loin de la frontière polonaise.

Mise en garde, aussi, contre une idée émise par Jaroslaw Kaczynski, à son retour de Kiev, de mettre sur pied une force militaire de pays européens volontaires pour aller aider l’armée ukrainienne. 

Cette proposition n’est pas soutenue par l’Otan, mais elle explique assurément que Moscou hausse le ton contre Varsovie, y compris en maniant l’insulte. Pas de bon augure alors que la guerre semble s’inscrire dans la durée, avec de sérieux risques d’extension.