La Présidente moldave Maia Sandu, hier à la Conférence de soutien à son pays à Paris.
La Présidente moldave Maia Sandu, hier à la Conférence de soutien à son pays à Paris. ©AFP - Yoan VALAT / POOL / AFP
La Présidente moldave Maia Sandu, hier à la Conférence de soutien à son pays à Paris. ©AFP - Yoan VALAT / POOL / AFP
La Présidente moldave Maia Sandu, hier à la Conférence de soutien à son pays à Paris. ©AFP - Yoan VALAT / POOL / AFP
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La Moldavie frontalière de l’Ukraine en subit les conséquences et se sent fragilisée par l’invasion russe. Elle cherche l’aide de l’Europe pour survivre, et pour rester démocratique sans tomber dans l’orbite de Poutine. Rencontre avec sa présidente à Paris.

Maia Sandu a assurément l’un des postes les plus difficiles au monde : cette femme qui s’exprime d’une voix toujours calme, est la Présidente d’un pays de deux millions et demi d’habitants, frontalier de l’Ukraine, ayant une partie de son territoire sécessionniste et occupée par des troupes russes, soumise à un chantage énergétique, à des cyberattaques quotidiennes, à une guerre informationnelle permanente. Ce pays, c’est la Moldavie.

La présidente moldave était hier à Paris pour une réunion de la plateforme de soutien à son pays, organisée par la France, l’Allemagne et la Roumanie, sa voisine et sœur linguistique. L’Europe fait ce qu’elle peut pour aider ce pays sans ressources qui a, depuis juin, le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne, et qui vit, littéralement, dans l’œil du cyclone.

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Maia Sandu a été élue en 2020 avec une image pro-européenne et anti-corruption, le problème numéro un de son pays. Elle n’imaginait pas qu’elle se retrouverait avec une guerre chez son voisin qui bouleverse la vie des Moldaves. Lorsque la Russie bombarde les infrastructures ukrainiennes, l’électricité est coupée en Moldavie. L’accueil des réfugiés, les trafics de tous ordres, les menaces, l’inflation et les tentatives de déstabilisation sont son lot quotidien.

Maia Sandu en est convaincue, Poutine veut ouvrir autant de « fronts » qu’il le pourra, et l’un de ceux-là est en Moldavie. Invitée de l’Institut français des relations internationales hier soir, la Présidente moldave estime que la Russie mène dans son pays une « guerre hybride », visant à discréditer les institutions, diviser et radicaliser la société. « Il cherche à modifier l’ordre géopolitique et à s’approcher de la frontière de l’Union européenne », dit-elle.

Avec à ses côtés sa ministre de l’Intérieur, une autre femme au tempérament trempé dans l’acier, Maia Sandu lance un avertissement : « nous pouvons nous écrouler », dit-elle, s’estimant convaincue que la Moldavie ne restera démocratique que si elle rejoint un jour l’Union européenne, « autrement ça sera très difficile ».

D’autant plus difficile qu’elle ne voit pas de fin rapide à la guerre en Ukraine. « Je ne crois pas à des négociations de paix. Poutine reviendra six mois plus tard, il ne pense pas qu’il a perdu », dit cette femme née soviétique.

Les pays réunis à Paris ont annoncé hier un renforcement de leur aide à la Moldavie, pour tenter de l’aider à passer l’hiver sans crise énergétique majeure.

Il y a en fait la conscience aigüe que l’Europe ne peut pas se désintéresser de la vaste redistribution des cartes géopolitiques provoquée par l’invasion russe. On s’en rend compte avec la détermination de la Présidente moldave ; mais aussi avec un autre visiteur en France hier et aujourd’hui, le président de l’Ouzbekistan, Sharkat Mirziyoyev.

L’Ouzbekistan est un autre cas de figure : situé en Asie centrale, il n’a pas de frontière commune avec la Russie ; mais il profite de la situation pour diversifier ses relations jusque-là très dépendantes de Moscou. Il se tourne vers la Chine qui n’attend que ça, et vers l’Europe, pour desserrer l’emprise russe, au grand dam de Moscou.

Poutine, on le sait, est un nostalgique de la défunte URSS. Mais par son révisionnisme agressif, il a provoqué l’inverse de ce qu’il cherche : ceux qui le peuvent prennent leurs distances, et demandent à l’Europe de les aider à être moins à la merci du maître du Kremlin.