Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, accueilli à Pretoria par son homologue sud-africaine, Naledi Pandor
Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, accueilli à Pretoria par son homologue sud-africaine, Naledi Pandor ©AFP - PHILL MAGAKOE / AFP
Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, accueilli à Pretoria par son homologue sud-africaine, Naledi Pandor ©AFP - PHILL MAGAKOE / AFP
Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, accueilli à Pretoria par son homologue sud-africaine, Naledi Pandor ©AFP - PHILL MAGAKOE / AFP
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La Russie a fait de l’Afrique la cible principale de sa diplomatie d’influence. Au Sahel, elle mène campagne avec succès contre la présence française, tandis que son ministre des Affaires étrangères est reçu avec les honneurs en Afrique du Sud, au nom d’une fidélité au passé.

Sergei Lavrov, le chef de la diplomatie russe, voyage très peu depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par son pays. Mais le voilà sur le continent africain pour la deuxième fois en un an, arrivé hier en visite officielle en Afrique du Sud. Ce n’est pas un hasard : le continent africain est la cible prioritaire de la diplomatie d’influence russe.

Les Occidentaux ont été pris au dépourvu lorsqu’aux Nations Unies l’an dernier, une bonne partie de l’Afrique a refusé de condamner l’agression russe. Ils s’y attendaient d’autant moins que le continent africain a sagement adopté, dès les années 60, un principe reconnaissant les frontières héritées de la colonisation : il voulait éviter justement les possibles visées entre États, à l’image de ce que tente de faire la Russie en Ukraine.

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Moscou a su capitaliser sur ce refus d’une partie de l’Afrique de s’aligner sur les Occidentaux. Les relais russes sur le continent soufflent sur les braises mal éteintes du ressentiment vis-à-vis des ex-puissances coloniales – on le voit en ce moment dans le Sahel où la France est à la peine. Dernier épisode, la demande du Burkina Faso de retirer les troupes françaises d’ici un mois, comme l’a fait précédemment le Mali.

Le cas de l’Afrique du Sud est révélateur. Même si elle traverse une mauvaise passe, elle reste l’une des puissances du continent, régulièrement mentionnée pour un siège permanent au Conseil de sécurité. Elle est l’interlocutrice des Européens ou des Américains sur les affaires globales.

Et pourtant, l’ANC, le parti au pouvoir, autrefois celui de Nelson Mandela, n’oublie pas qu’au temps de l’apartheid, c’est l’URSS, pas l’Occident, qui le soutenait. Il garde une reconnaissance vis-à-vis de Moscou, même si elle est aujourd’hui mal placée en pleine guerre d’agression russe en Ukraine.

Ça va même plus loin, puisque le mois prochain, l’Afrique du Sud accueille des manœuvres navales au large de Durban, dans l’océan Indien, avec les marines chinoise et russe. Un site d’informations sud-africain les a qualifiées d’« obscènes », car elles coïncideront avec le premier anniversaire du début de la guerre.

Mais l’Afrique du Sud, comme de nombreux États du continent, ne regarde pas ce conflit comme nous le faisons en Europe ou aux États-Unis. Elle ne veut pas prendre partie ; elle ne se sent pas concernée par une guerre entre Européens.

Les Occidentaux n’ont pas réussi à les convaincre qu’il s’agit de sauver le droit international, car leur comportement par le passé est loin d’avoir été exemplaire. Il y a un effet boomerang d’un passé d’ingérence.

Comme l’Afrique du Sud est une démocratie, il y a débat, et l’opposition parlementaire dénonce la « faute morale » de ce qu’elle qualifie d’alignement sur la Russie. Sans parvenir à empêcher le gouvernement de dérouler le tapis rouge à l’émissaire de Vladimir Poutine.

On n’a pas fini d’analyser pourquoi, de Pretoria à Bamako ou Ouagadougou, des États africains cèdent aux sirènes russes malgré la guerre en Ukraine. La désinformation massive n’explique pas tout, elle ne suffit pas à expliquer pourquoi les Occidentaux sont devenus inaudibles dans une partie du monde.