Navire de la marine taiwanaise lors d’exercices militaires en janvier 2022, destinés à renforcer la défense de l’île face à la Chine.
Navire de la marine taiwanaise lors d’exercices militaires en janvier 2022, destinés à renforcer la défense de l’île face à la Chine.
Navire de la marine taiwanaise lors d’exercices militaires en janvier 2022, destinés à renforcer la défense de l’île face à la Chine. ©AFP - Ceng Shou Yi / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Navire de la marine taiwanaise lors d’exercices militaires en janvier 2022, destinés à renforcer la défense de l’île face à la Chine. ©AFP - Ceng Shou Yi / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Navire de la marine taiwanaise lors d’exercices militaires en janvier 2022, destinés à renforcer la défense de l’île face à la Chine. ©AFP - Ceng Shou Yi / NurPhoto / NurPhoto via AFP
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Résumé

En visite au Japon, le Président des États-Unis s’est engagé à intervenir militairement pour défendre Taïwan en cas d’invasion chinoise, rompant avec la traditionnelle ambiguïté stratégique.

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Depuis plusieurs décennies -50 ans pour être précis-, les États-Unis maintiennent vis-à-vis de Taïwan ce qu’on appelle l’« ambiguïté stratégique ». Washington s’est engagé à donner à Taïwan les moyens de se défendre ; mais ne dit pas, en principe, si son armée interviendrait en cas de tentative de conquête de cette île disputée. 

Pour la deuxième fois en moins d’un an, Joe Biden est sorti hier de cette ambiguïté en déclarant que oui, il interviendrait militairement en cas d’agression chinoise. En pleine guerre d’Ukraine, cette déclaration est tout sauf anodine ; c’est une mise en garde aux dirigeants chinois ; prononcée de surcroit en Asie, à Tokyo, avec à ses côtés le premier ministre japonais Fumio Kishida.

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Le problème est que comme l’an dernier, au lendemain de la débâcle de Kaboul, lorsque le Président américain avait placé Taïwan dans la liste des pays avec lesquels les États-Unis ont des traités de défense, ce qui n’est pas le cas de Taïwan…, la Maison Blanche a été obligée de nuancer le propos. 

Hier, les porte-paroles américains tentaient de convaincre les journalistes que le Président n’avait pas réellement dit ce qu’on avait entendu ; que la position américaine reconnaissant « une seule Chine », celle de Pékin, était toujours en vigueur. Alors Biden a-t-il gaffé ou dit ce qu’il pense réellement ? Comme l’écrit ce matin la lettre spécialisée Sinocism, Pékin ne peut plus avoir de doute sur ce que feraient les États-Unis en cas d’invasion de Taiwan.

Cette sortie est sans nul doute liée à la guerre en Ukraine, car la Chine a des liens étroits avec la Russie de Poutine, et tout le monde scrute son attitude dans cette crise. 

Dans l’autre sens, Pékin étudie aussi soigneusement la guerre d’Ukraine pour en tirer des leçons. Sur les sanctions qui frappent la Russie et dont elle pourrait être aussi victime. Ou pour se demander, face aux difficultés de la Russie, si sa propre armée, qui n’a pas connu la guerre depuis 1979, est aussi bonne qu’elle le croit, et si la résistance des Taiwanais ne serait pas aussi farouche que celle des Ukrainiens.

Mais la question d’une éventuelle guerre pour Taiwan est d’abord celle d’une possible intervention américaine, car c’est ce qui ferait toute la différence. La réponse de Joe Biden change la donne.

La Chine peut-elle pour autant attaquer Taïwan ? Question compliquée, car s’il n’y a pas de doute que Pékin veut prendre le contrôle d’une île considérée comme faisant partie de la Chine et qui refuse toute réunification, ça ne rend pas pour autant la guerre inévitable.

Le problème est que Xi Jinping, le numéro un chinois, a déclaré que la question de Taïwan devait être résolue par sa génération, et il prend soin de ne jamais exclure le recours à la force, là aussi l’ambiguïté.

En annonçant que le prix à payer serait une guerre avec les États-Unis, Joe Biden renouvelle le mode de communication cash qu’il a employé vis-à-vis de Poutine avant l’invasion de l’Ukraine. Ça n’a pas dissuadé la Russie pour autant. 

Le risque avec Pékin est d’abord d’enfoncer un peu plus l’Asie dans la guerre froide ; sans pour autant rendre la guerre impossible ; juste d’en augmenter le prix pour la Chine.

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L'équipe

Pierre Haski
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