Manifestants lundi 26 septembre dans la ville de Bushehr, dans le sud-ouest de l’Iran, protestant contre la mort de Mahsa Amini.
Manifestants lundi 26 septembre dans la ville de Bushehr, dans le sud-ouest de l’Iran, protestant contre la mort de Mahsa Amini. ©AFP - UGC/AFP
Manifestants lundi 26 septembre dans la ville de Bushehr, dans le sud-ouest de l’Iran, protestant contre la mort de Mahsa Amini. ©AFP - UGC/AFP
Manifestants lundi 26 septembre dans la ville de Bushehr, dans le sud-ouest de l’Iran, protestant contre la mort de Mahsa Amini. ©AFP - UGC/AFP
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Malgré plus de 50 morts, les protestations se poursuivent, dix jours après la mort de Mahsa Amini. Le pouvoir est confronté à une génération qui réclame des libertés, et ne baisse pas les bras. Un défi au pouvoir religieux iranien.

A partir de quel moment une révolte se transforme-t-elle en révolution ? En d’autres termes, le mouvement sans précédent en Iran contre l’ordre moral des mollahs est-il condamné à reculer sous les coups d’une répression sans merci ? Ou est-il déjà suffisamment puissant pour changer la donne, sinon le régime ?

Depuis la mort, il y a dix jours, d’une jeune femme, Mahsa Amini, qui avait été arrêtée par la police des mœurs pour une mèche de cheveux qui dépassait ou une tenue jugée inadéquate, les images qui nous parviennent d’Iran sont littéralement extraordinaires. Ces jeunes femmes audacieuses et d’un courage sans limites, rejointes par des hommes qui partagent leur combat, se sont levées un peu partout dans le pays. Toutes les régions, toutes les couches sociales, sont touchées par ce mouvement déclenché par un incident banal en Iran, l’incident de trop.

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On compte déjà plus de cinquante morts et des centaines d’arrestations, alors que la machine répressive s’est mise en marche, incitée par les plus hautes instances à se montrer intraitable. Pour autant, les manifestations ne cessent pas.

Le pouvoir a-t-il les moyens de les contrôler ? Oui, assurément, et, si l’histoire est un indicateur, il en a la volonté. Et rien, dans ce cas, ne pourra l’arrêter. Pas, hélas, les protestations internationales, celles des États comme des sociétés. L’Iran est imperméable aux pressions, déjà soumis à des sanctions sévères en raison de son programme nucléaire.

L’issue se décidera donc en interne, dans ce bras de fer entre une jeunesse qui dit son ras-le-bol du carcan religieux, et un pouvoir qui n’entend pas laisser la rue dicter sa loi, alors que l’Iran est l’une des pièces de l’échiquier de la confrontation mondiale déclenchée par la guerre russe en Ukraine.

La nouveauté, c’est cette nouvelle génération, des filles plus éduquées que leurs mères, décidées à ne pas se laisser faire comme elles. Le sociologue franco-iranien Farhad Khosokavar explique dans « l’Obs » qu’« on est face à un mouvement féministe lancé par des femmes, qui traverse toutes les classes sociales et prend une dimension nationale. Et ça, c’est inédit », estime-t-il.

Farhad Khosokavar relève que « le geste inouï de courage de toutes ces femmes qui brûlent leur hijab et se coupent les cheveux est parvenu à ringardiser et à ridiculiser un régime qui s’est coupé de son peuple ».

Malgré cette analyse, il est tout à fait possible que le pouvoir religieux parvienne à remettre le couvercle sur ce vent de révolte, au prix d’un bilan plus lourd encore.

Mais le geste de toute une génération, celle des petits-enfants de la révolution islamique de 1979, aura marqué une étape importante dans l’histoire tourmentée de ce pays : celle d’une demande de liberté individuelle que les mollahs pensaient avoir effacée du modèle politique iranien.

L’Iran, avec sa longue histoire et son identité fière, devra apprendre à vivre avec cette génération qui veut être libre. Qui peut croire que les jeunes femmes libérées, que la mort de Mahsa Amini a révoltées, vont sagement rentrer dans le rang ? Même à coups de matraques. Les mollahs ont un sacré problème sur les bras.