La Birmanie a disparu de nos écrans radars : on y massacre à huis-clos

Bâtiments détruits par des tirs d’artillerie de l’armée birmane, en septembre 2021, dans l’État de Chin.
Bâtiments détruits par des tirs d’artillerie de l’armée birmane, en septembre 2021, dans l’État de Chin. ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
Bâtiments détruits par des tirs d’artillerie de l’armée birmane, en septembre 2021, dans l’État de Chin. ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
Bâtiments détruits par des tirs d’artillerie de l’armée birmane, en septembre 2021, dans l’État de Chin. ©AFP - EyePress News / EyePress via AFP
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Un massacre imputé à l’armée birmane a fait au moins 35 morts dans l’est du pays. Cette tragédie montre l’ampleur de la répression dix mois après le coup d’état militaire, alors que la communauté internationale reste impuissante.

Depuis le coup d’état militaire de février dernier, la Birmanie vit une répression sans cesse croissante, et tous les appels à de véritables pressions internationales contre la junte sont restés lettre morte. 

Une étape de plus vient d’être franchie dans sa descente aux enfers avec le massacre, imputé à l’armée, de 35 personnes dont des enfants, la veille de Noël. Deux employés de l’ONG internationale Save The Children, qui se trouvaient dans l’un des minibus carbonisés, sont portés disparus.

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Cette tragédie s’est déroulée près d’un village de la minorité chrétienne dans l’État de Kayah, près de la frontière avec la Thaïlande, et les villageois fuyaient apparemment les combats entre les militaires et un groupe de résistance armée.

Les Nations Unies se disent "horrifiées" par ce massacre, le plus grave depuis le début de la répression il y a dix mois ; mais le Secrétaire Général adjoint de l’organisation ne peut pas faire plus que de demander une "enquête approfondie". C’est-à-dire rien.

Depuis qu’ils ont renversé le gouvernement civil et assigné à résidence sa principale dirigeante, Aung San Suu Kyi, les militaires n’ont pas pu stabiliser la situation. Malgré la répression féroce, la résistance passive et active de la population n’a pas cessé.

Plus inquiétant pour le régime, des milliers de jeunes ont rejoint les rangs des armées ethniques qui existaient depuis bien longtemps, et plusieurs foyers de résistance armée s’opposent désormais à la junte. Mais cette résistance a peu de chances de l’emporter à court terme, pas plus que l’armée n’a la possibilité de l’éradiquer : elle n’y est pas parvenue en plusieurs décennies d’insurrections. Des dizaines de milliers de réfugiés et déplacés sont déjà recensés.

Dans cette impasse totale, les militaires persistent et signent : ils doivent annoncer dans les prochains jours une peine de prison pour Aung San Suu Kyi qui reste malgré tout la référence d’une majorité de la population.

"Le Myanmar - l’autre nom de la Birmanie - va devenir un État failli", écrit l’historien birman-américain Thant Myint-U dans la revue "Foreign Affairs" ; "et de nouvelles forces, ajoute-t-il, vont profiter de cet échec pour développer l’industrie déjà prospère des métamphétamynes (une drogue de synthèse, ndlr), raser des forêts qui constituent l’une des grandes zones de biodiversité du monde, et promouvoir le trafic d’animaux sauvages, y compris ceux qui sont peut-être responsables de la pandémie de Covid-19".

Ce pronostic sombre de cet historien, petit-fils de l’ancien Secrétaire Général de l’ONU U-Thant, devrait suffire à mobiliser les pays de la région et les grandes puissances pour éteindre l’incendie birman aussi vite que possible. Mais les pays du sud-est-asiatique sont divisés sur les moyens d’agir ; et la communauté internationale est polarisée, ce qui rend tout consensus impossible, surtout aux portes de la Chine. L'accès du régime à l'argent ou aux armes n'a pas été bloqué efficacement.

Le pire est l’indifférence : la Birmanie a disparu de l’agenda des médias et de l’intérêt du monde, pour n’y revenir que lorsqu’un massacre dépasse la norme. C’est le cas aujourd’hui, mais il est à craindre que ça ne change rien.

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