En décembre dernier, Dmitry Muratov recevait à Oslo le prix Nobel de la paix, partagé avec la philippine Maria Ressa. Hier, il a du suspendre son journal.
En décembre dernier, Dmitry Muratov recevait à Oslo le prix Nobel de la paix, partagé avec la philippine Maria Ressa. Hier, il a du suspendre son journal. ©AFP - Odd ANDERSEN / AFP
En décembre dernier, Dmitry Muratov recevait à Oslo le prix Nobel de la paix, partagé avec la philippine Maria Ressa. Hier, il a du suspendre son journal. ©AFP - Odd ANDERSEN / AFP
En décembre dernier, Dmitry Muratov recevait à Oslo le prix Nobel de la paix, partagé avec la philippine Maria Ressa. Hier, il a du suspendre son journal. ©AFP - Odd ANDERSEN / AFP
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Le dernier média indépendant de Russie a annoncé la suspension de sa parution jusqu’à la fin de la guerre, après des mises en garde officielles. Le pouvoir n’a cessé de réduire l’espace des médias indépendants en Russie, la guerre leur a donné le coup de grâce.

En décembre dernier, Dmitry Muratov, le directeur du quotidien russe « Novaïa Gazeta », recevait à Oslo le prix Nobel de la paix 2021, partagé avec sa consoeur philippine Maria Ressa. Hier, la mort dans l’âme, Muratov a annoncé la suspension de la publication de son journal jusqu’à la fin de la guerre en Ukraine. Il venait de recevoir un deuxième avertissement des autorités, et a préféré se saborder temporairement plutôt que de se voir retirer sa licence.

C’est une tragédie pour la Russie qui perd sa dernière source d’informations indépendantes à un moment où celles-ci, dans le brouillard de la guerre, sont encore plus importantes. Mais c’est évidemment l’objectif de Vladimir Poutine : que les 140 millions de Russes n’aient plus accès qu’à une seule source d’informations, la sienne.

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Depuis le début de la guerre, plusieurs autres médias importants ont fermé leurs portes, la radio Echo de Moscou, qui avait vu le jour pendant la « Glasnost », la période d’ouverture de Gorbatchev, et la chaine de télévision privée Dojd, dont l’existence tenait du miracle dans un univers contrôlé par le pouvoir et ses amis. 

Cela fait longtemps que la presse indépendante avait la vie dure en Russie. « Novaïa Gazeta » était le journal d’Anna Politovskaïa, la journaliste assassinée en 2006 à Moscou, après avoir couvert la guerre en Tchétchénie. C’était il y a seize ans. Depuis, quatre autres journalistes du « Novaïa Gazeta » ont également été tués.

L’étau s’est resserré ces dernières années, en particulier après l’adoption en 2020 d’une loi qualifiant d’« agent étranger » tout média ou ONG recevant le moindre soutien international. Un site indépendant comme Meduza, qui avait commencé à prendre de l’importance, a du exiler sa rédaction en Lettonie, tandis que le site économique VTimes a fermé l’an dernier.

L’invasion de l’Ukraine a donné le coup de grâce à la presse indépendante, car l’enjeu pour Vladimir Poutine est absolument central.

« Novaïa Gazeta » avait testé les limites. Le premier jour de la guerre, le journal avait publié une édition bilingue, en russe et en ukrainien. Et ce weekend, son directeur avait participé à l’interview en visioconférence du Président ukrainien Volodymyr Zelensky par des journalistes russes, pour la plupart exilés. Moscou l’avait empêché de la publier.

En décembre, lors de la cérémonie du prix Nobel, Dmitry Muratov avait lancé cette mise en garde prémonitoire : « les idéologues d’aujourd’hui, avait-il dit, promeuvent l’idée de la mort pour la patrie, et non de la vie pour la patrie. Ne laissons pas leur télévision nous tromper de nouveau. La guerre hybride a détruit les relations entre la Russie et l’Ukraine, je ne sais pas si les prochaines générations parviendront à les restaurer. Qui plus est, dans l’esprit malade des géopliticiens, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a cessé de sembler impossible ».

C’est cette voix que Poutine a fait taire. C’est ce qui arrive dans les régimes totalitaires, il n’y a plus de place pour la vérité.

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