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Résumé

La visite de la "speaker" de la chambre des Représentants étasunienne à Taïwan suscite la colère de la Chine et la réprobation de la presse américaine. Pourquoi tant d'opprobre ?

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La visite de Nancy Pelosi à Taïwan suscite un barrage de critiques…

Côté chinois, ça semble évident : les communiqués officiels venus de Pékin expliquent que les « Etats-Unis paieront le prix » de cette visite et mardi toute la journée l’armée chinoise n’a cessé de flirter avec les frontières maritimes et aériennes taïwanaises.

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Mais le plus étonnant sont les reproches de la presse américaine : le Washington Post publiait par exemple un papier intitulé : « les dégâts occasionnés par la visite malvenue de Nancy Pelosi à Taïwan doivent être contenus ».

De son côté, la Présidente de la chambre des représentants a tenu à publier un long éditorial dans lequel elle place sa visite sous les auspices d’une lutte plus large et plus noble : celle des démocraties contre les régimes autoritaires et c’est assez malin.

Parce qu’en fait, elle ne fait que relever le gant jeté au visage de l’Occident par la Chine, certes, mais surtout par la Russie. Que disent Russes et Chinois ? Que le modèle démocratique promu par les Etats-Unis et l’Europe n’est pas un universalisme.

La Chine, elle, a toujours ajouté que le droit des peuples à sortir de la misère et à se développer est un droit humain autrement plus essentiel que celui de voter ou de s’exprimer librement. Pékin en veut pour preuve son propre développement économique.

Nancy Pelosi estime que les Etats-Unis doivent relever ce défi : ils le font en Ukraine en fournissant des armes à Kiev mais pas assez, selon elle, en Asie. Son rôle, pense-t-elle, n’est pas de faire de la « realpolitik » : ça c’est l’affaire de la Maison-Blanche.

Il est de porter haut les valeurs démocratiques de bonne élue du Peuple qu’elle est !

Pourquoi utiliser Taïwan pour appuyer sa démonstration ?

Parce que c’est dangereux, parce que c’est sensible. Je vais tenter une comparaison : lorsqu’un syndicat fait grève, il le fait au pire moment, lorsque ça dérange le plus grand nombre pour forcer l’attention et la négociation. On connait bien ça en France, non ?

Eh bien, Nancy Pelosi applique le même principe à la géopolitique : Taïwan est le point chaud en Asie de cet affrontement entre les Etats-Unis et la Chine. C’est donc là, estime-t-elle, qu’il faut porter l’attaque. Par ailleurs Taïwan est en soi un modèle :

Un modèle de démocratie et ce, depuis les années 90. Mais aussi un modèle économique dont on a pu mesurer la réussite dans les semi-conducteurs avec la récente pénurie. Et puis il y a le reste de l’Asie alliée des Etats-Unis qui a besoin d’être rassurée.

l'Asie alliée des Etats-Unis a besoin d'être rassurée

Le Japon mais aussi la Corée du Sud - pour ne nommer que deux pays qui se trouvent aux abords immédiats de Taïwan. Mais on pourrait ajouter l’Indonésie, les Philippines ou même la Malaisie. Tous ces pays ont détesté les 4 années du mandat Donald Trump.

La façon histrionique qu’il a adopté pour traiter avec ces alliés anciens et fidèles, qui tous ont affaire au quotidien avec le défi chinois, a ébranlé leur confiance et la certitude d’un soutien étasunien inconditionnel. Ses négociations sans lendemain avec la Corée du Nord n’ont rien arrangé.

Pour ces capitales il était donc important qu’une fois le principe de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan acquise, elle soit conduite à son terme malgré les pressions de la Chine ou de la Maison-Blanche. De ce point de vue, c’est une réussite pour Mme Pelosi.