Le Président polonais Andrzej Duda, le Chancelier allemand Olaf Scholz et Emmanuel Macron à Berlin pour le "Triangle de Weimar", mardi 8 février. ©AFP - HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP
Le Président polonais Andrzej Duda, le Chancelier allemand Olaf Scholz et Emmanuel Macron à Berlin pour le "Triangle de Weimar", mardi 8 février. ©AFP - HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP
Le Président polonais Andrzej Duda, le Chancelier allemand Olaf Scholz et Emmanuel Macron à Berlin pour le "Triangle de Weimar", mardi 8 février. ©AFP - HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP
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Résumé

Inquiète de la menace russe, la Pologne se rapproche de ses partenaires européens : elle règle ses contentieux, et son Président retrouvait hier soir le Chancelier allemand et le Président français à Berlin.

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Dans la frénésie diplomatique qui entoure la crise ukrainienne, une réunion hier soir à Berlin mérite l’attention : il s’agit du Triangle de Weimar, une structure informelle réunissant l’Allemagne, la Pologne et la France. A Berlin se sont donc retrouvés le Chancelier Olaf Scholz de retour de Washington, le Président polonais Andrzej Duda, et Emmanuel Macron arrivant de Kiev.  

Ce Sommet est tout sauf banal, car on assiste à un virage de la Pologne, pays dirigé par un parti national-conservateur, Droit et Justice, le PiS, qui est pourtant en conflit ouvert avec ses partenaires européens. Appelons ça le « miracle Poutine » : Varsovie a visiblement conclu que la menace russe l’emporte sur l’« impérialisme bruxellois », et cherche à se rapprocher de ses partenaires, l’Otan et l’UE.  

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Ces derniers jours, la Pologne a amorcé le règlement de deux contentieux qui lui valaient des condamnations de la Cour de Justice de l’Union européenne : l’un sur l’état de droit en Pologne, l’autre, un conflit avec ses voisins tchèques sur une mine de charbon. Ca n’a pas empêché la Commission d’imposer hier des sanctions financières à Varsovie, un geste rare, que la Pologne tente donc d’atténuer.  

En annonçant la semaine dernière qu’il proposait la suppression de la Chambre disciplinaire de la Cour suprême, objet du contentieux qui vaut à la Pologne les sanctions de l’UE, le Président Duda a déclaré : 

« Nous n’avons pas besoin de ce combat. Ce dont la Pologne a besoin en ce moment, c’est du calme. Face à toutes les menaces existantes sur la scène internationale, nous avons besoin d’un dialogue calme et d’unité ».   

Dans ce pays polarisé, le Parlement a voté à l’unanimité moins une seule voix d’extrême droite, le soutien à l’Ukraine contre la Russie, et un appel à l’Allemagne à refuser la mise en service du gazoduc Nord Stream 2 qui acheminera du gaz russe. 

Dans le même temps, la Pologne a accueilli sur son sol des renforts militaires américains.  La Pologne se retrouve ainsi en porte à faux avec certains ses amis politiques, à la droite extrême de l’échiquier européen, ouvertement favorables à Poutine. Le premier ministre hongrois Viktor Orban, lui aussi en conflit avec Bruxelles, a rompu les rangs la semaine dernière en allant négocier un accord gazier avec Vladimir Poutine à Moscou.  

Ce rapprochement avec la France et l’Allemagne peut-il être durable ? Difficile à dire, car le pouvoir polonais reste ultra-conservateur, sa loi de restriction de l’avortement l’an dernier est l’une des pires d’Europe, et ne permet pas des alliances fortes.  

Mais le réveil du Triangle de Weimar est significatif : cette instance a été créée en 1991, après la chute du Mur de Berlin, pour associer la Pologne, le plus grand pays d’Europe centrale, au tandem franco-allemand, moteur traditionnel de l’Union. Le virage populiste en Pologne et ailleurs a fait échouer cet attelage, et la Pologne s’est installée au sein du Groupe de Visegrad, avec la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, une force eurosceptique qui a commencé à peser.  

Aujourd’hui, le vent souffle dans l’autre sens. Le premier ministre populiste tchèque a cédé la place à un gouvernement pro-européen, et les élections hongroises en avril seront très disputées. Varsovie choisit de renouer avec un format diplomatique en veilleuse qui remet la Pologne au cœur du jeu européen. La Pologne est aussi Présidente de l’Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE), ce qui en fait un des acteurs politiques de la crise ukrainienne.  

Ce sont les effets secondaires de la crise russo-ukrainienne, une onde de choc dont on n’a pas encore senti tous les effets.

Références

L'équipe

Pierre Haski
Production