Un homme marche entre les ruines des maisons bombardées par l’armée russe à Bila Tserkva, dans le centre de l’Ukraine, mardi 8 mars.
Un homme marche entre les ruines des maisons bombardées par l’armée russe à Bila Tserkva, dans le centre de l’Ukraine, mardi 8 mars. ©AFP - Aris Messinis / AFP
Un homme marche entre les ruines des maisons bombardées par l’armée russe à Bila Tserkva, dans le centre de l’Ukraine, mardi 8 mars. ©AFP - Aris Messinis / AFP
Un homme marche entre les ruines des maisons bombardées par l’armée russe à Bila Tserkva, dans le centre de l’Ukraine, mardi 8 mars. ©AFP - Aris Messinis / AFP
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Deux semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, on peut commencer à tirer des leçons à la fois pour l’Europe, la défense européenne, l’OTAN, et le monde d’après, forcément dangereux pour plusieurs années.

En déclenchant il y a deux semaines une guerre majeure sur le sol européen, Vladimir Poutine nous a fait basculer dans un monde différent. L’après-guerre froide ne fut pas de tout repos, entre terrorisme et guerres cruelles comme la Syrie ou le Yémen ; mais rien qui ne ressemble à l’invasion de l’Ukraine par la deuxième armée au monde, déjà deux millions de réfugiés, des villes assiégées.

Ce nouveau monde, qu’on ne sait pas encore comment qualifier, est d’abord marqué par le recours à la force pour changer l’ordre international. Tous les tabous sont transgressés à la fois, y compris le tabou suprême du recours à l’arme nucléaire. C’est vertigineux, et les conséquences sont considérables.

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La première, inattendue, est toutefois d’avoir réveillé la vieille Europe endormie dans son confort, et d’avoir resserré les liens entre des pays qui ont en commun l’attachement à un monde de règles et de droit, qu’ils n’ont d’ailleurs pas toujours respecté. 

Mais ça ne sauvera peut-être pas l’Ukraine pour autant. Les pays de l’Otan, États-Unis en tête, ont été incapables de prévenir cette guerre, leur dissuasion était bien émoussée ; et ils ne sont pas prêts à franchir à leur tour la ligne rouge de l’engagement contre une puissance nucléaire. Il en découle un sentiment d’impuissance relative que ne compensent pas les sanctions massives et l’aide militaire envoyée à l’armée ukrainienne.

L’impact est toutefois plus profond. Quand l’Allemagne change le cap de sa politique de défense et y met les moyens, c’est historique et ça va au-delà de la crise ukrainienne. Pareil quand la Suède ou la Finlande parlent d’abandonner leur neutralité pour rejoindre l’Otan, ce sont des tendances lourdes.

La conclusion, qui clôt un débat vieux comme l’Europe, c’est que la défense européenne se fera dans le cadre de l’Otan - ou ne se fera pas : il n’y a pas un pays européen aujourd’hui qui songe à s’en passer face à la résurgence d’un militarisme russe sous-estimé jusqu’ici. Les débats politiques franco-français n’y changeront rien.

Que peut l’Europe dans ce nouveau monde ? Beaucoup plus qu’elle ne le croyait elle-même… Rien de tel qu’un ennemi commun pour redonner vie à une organisation désunie, et lui offrir une mission. Parmi les sujets sur la table du Sommet des « 27 » à Versailles, demain et vendredi, une Europe de l’énergie dont on voit bien à quel point elle manque, et la création d’un cadre d’accueil pour les pays de la périphérie immédiate, à l’Est comme dans les Balkans occidentaux.

Poutine aura-t-il permis à l’Europe de réaliser qu’elle devait se prendre en charge, avec les États-Unis en appui certes, mais sans se reposer éternellement sur un parapluie américain qui n’est pas aussi vaillant qu’avant. Si c’est le cas, le Président russe aura accompli l’opposé de son objectif.

Mais avant cela, il faudra sortir de cette guerre, et en gérer toutes les conséquences dans un monde redevenu dangereux pour longtemps, quelle que soit l’issue du conflit. L’Ukraine restera un moment de bascule, sans que l’on sache précisément vers quoi.