Les forces de sécurité polonaises mobilisées le long des barbelés de la frontière repousssent sans ménagement les migrants venus de Biélorussie. ©AFP - Leonid Shcheglov / BELTA / AFP
Les forces de sécurité polonaises mobilisées le long des barbelés de la frontière repousssent sans ménagement les migrants venus de Biélorussie. ©AFP - Leonid Shcheglov / BELTA / AFP
Les forces de sécurité polonaises mobilisées le long des barbelés de la frontière repousssent sans ménagement les migrants venus de Biélorussie. ©AFP - Leonid Shcheglov / BELTA / AFP
Publicité
Résumé

En ne traitant l’afflux de migrants organisé par la Biélorussie que sous l’angle sécuritaire, Varsovie risque de perdre la bataille de l’information dans cette « guerre hybride » aux confins de l’UE.

En savoir plus

Une formule employée hier par un ministre allemand résume la situation : c’est une « guerre hybride » qui est engagée contre l’Union européenne. « Guerre hybride », c’est un mode d’action qui mêle des opérations de déstabilisation, une guerre de l’information, et qui peut aussi inclure des actions directement militaires.

C’est une bonne description de ce qui se déroule à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, où des milliers de migrants, principalement originaires du Moyen Orient, sont conduits sur place par les forces du régime dictatorial de Minsk, afin de les pousser vers le territoire polonais.

Publicité

Il y a un double piège dans cette affaire, qui provoque un véritable branle-bas de combat diplomatique, au sein de l’Union européenne bien sûr, mais aussi à l’OTAN, inquiète de ces tensions sur le flanc Est de l’Europe. Ce double piège, c’est celui d’une réaction purement sécuritaire, ne tenant pas compte de la crise humanitaire qui monte ; et c’est celui d’une réaction politique insuffisante. Dans les deux cas, l’Europe serait perdante.

Il y a piège si l’on considère que cet afflux de migrants n’est pas provoqué par une guerre ou une catastrophe comme c’était le cas en 2015 avec les réfugiés syriens, mais par un mouvement provoqué et encouragé.

Or la réaction polonaise est principalement d’empêcher les migrants de passer par tous les moyens, en les repoussant vers la Biélorussie. Or les garde-frontières biélorusses ne les laissent pas revenir, tirant au-dessus de leur tête pour les en empêcher. Des milliers d’entre eux sont donc coincés dans un no man’s land inaccessible aux humanitaires, dans le froid, et il y aurait déjà eu des victimes.

Les médias de propagande russes s’en donnent à cœur joie, en ne parlant que du comportement des forces polonaises ; l’un d’eux ironisant même sur le fait que Varsovie avait suivi les Américains dans la guerre d’Irak, mais ne voulait pas accueillir quelques réfugiés irakiens. 

La Pologne risque bien de perdre la bataille de l’information en oubliant la dimension humanitaire de la crise.

Le deuxième piège tient à la réponse politique. Il y a visiblement des filières bien organisées vers la Biélorussie. Une vidéo tournée il y a quelques jours à l’aéroport de Damas montre une interminable file d’attente, semble-t-il de Kurdes irakiens embarquant pour Minsk.

Une compagnie privée syrienne serait ainsi mobilisée, ce qui rend les sanctions dont parlait lundi la Présidente de la Commission européenne difficile à mettre en œuvre : cette compagnie aérienne ne dessert pas de destination en Europe, seulement au Moyen Orient et en Russie.

Le dictateur biélorusse Alexander Loukachenko s’est entretenu hier avec Vladimir Poutine, le Président russe qui est aujourd’hui son assurance-vie. La clé de cette crise se trouve à Moscou, a commenté le ministre allemand de l’intérieur. 

Comment l’Union européenne peut-elle se défendre et surtout se faire respecter d’adversaires qui ont compris comment la déstabiliser à peu de frais ? On attend la réponse européenne.