(De g à dr) Charles Michel, Président du Conseil européen, Jens Stoltenberg, Secrétaire Général de l’Otan, et Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, hier à Bruxelles.
(De g à dr) Charles Michel, Président du Conseil européen, Jens Stoltenberg, Secrétaire Général de l’Otan, et Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, hier à Bruxelles. ©AFP - John THYS / POOL / AFP
(De g à dr) Charles Michel, Président du Conseil européen, Jens Stoltenberg, Secrétaire Général de l’Otan, et Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, hier à Bruxelles. ©AFP - John THYS / POOL / AFP
(De g à dr) Charles Michel, Président du Conseil européen, Jens Stoltenberg, Secrétaire Général de l’Otan, et Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, hier à Bruxelles. ©AFP - John THYS / POOL / AFP
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L’Union européenne et l’Otan ont signé mardi une déclaration de coopération, un rapprochement accéléré par la guerre en Ukraine et le rôle de l’Alliance militaire dans l’aide à l’armée de Kiev. L’autonomie stratégique européenne prônée par la France attendra des jours meilleurs.

C’est sans doute l’un des grands paradoxes de la guerre déclenchée par Vladimir Poutine : elle a conduit au rapprochement de l’Union européenne avec l’Otan, c’est-à-dire l’exact opposé de ce qu’espérait le président russe. Et pas vraiment ce dont rêvait la France.

Les dirigeants des deux organisations, dont les sièges sont distants de quelques kilomètres à Bruxelles, mais qui se sont longtemps tenus à distance, se sont rencontrés hier. Jens Stoltenberg, le Secrétaire général de l’Otan, d’un côté, Ursula Von der Leyen et Charles Michel au nom de l’Union européenne de l’autre, ont signé une déclaration promettant de porter leur coopération « à un niveau supérieur ».

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Ca peut sembler banal, mais il n’y a rien d’évident dans cette relation. Pendant la majeure partie de son existence, l’UE s’est largement tenue à l’écart des questions de défense ; ne serait-ce que parce qu’une partie de ses membres étaient neutres ; d’autres appartenaient à l’Otan. La France est longtemps restée à l’extérieur des structures militaires de l’Otan tout en étant membre de l’alliance. Cette complexité rendait préférable de laisser la défense en dehors d’une union qui avait déjà fort à faire en intégration économique.

L’Ukraine n’a pas totalement changé la donne : les « 27 » avaient entamé leur mue avant la guerre de Poutine, notamment sous l’impulsion de la France. Emmanuel Macron, dès son discours de la Sorbonne, en 2017, avait plaidé pour une « autonomie stratégique » européenne.

Il avait fallu du temps pour avancer, mais on se souvient qu’Ursula Von der Leyen avait décrit en 2019 sa Commission européenne comme « géopolitique ». C’était bien vu, trois ans avant l’Ukraine. Et les « 27 » avaient fait des premiers pas modestes, comme une ligne budgétaire consacrée à des programmes d’armement communs.

Lorsque la guerre a éclaté, les « 27 » ont fait le geste sans précédent de financer en commun des livraisons d’armes à l’Ukraine, une petite révolution culturelle pour les Européens. Même si la majeure partie de l’aide militaire a été sur une base bilatérale, coordonnée par l’Otan, sous l’égide américaine.

Quelle place reste-t-il à l’autonomie stratégique européenne ? C’est toute la question désormais. Car la guerre en Ukraine et le rôle absolument central occupé par les États-Unis, ont joué à fond en faveur de l’Otan, la seule proposition fiable à ce stade sur le continent.

Pour les pays du « front Est », les Baltes ou la Pologne, inquiets de la guerre à leur porte menée par un pays qu’ils connaissent bien -la Russie-, c’est de l’Otan, et surtout de Washington, qu’ils attendent la protection. Deux pays neutres, la Finlande et la Suède, ont même décidé de rejoindre à leur tour l’Otan, ne laissant plus que quatre neutres (Autriche, Chypre, Irlande et Malte) sur les « 27 ».

La France est réaliste, et a bien compris que la brutalité de la guerre rendait le slogan d’autonomie inaudible. Elle joue aujourd’hui son rôle dans l’Otan, notamment par une présence militaire en Roumanie et chez les baltes, en attendant des jours meilleurs. La défense européenne aujourd’hui, c’est l’Otan, il serait illusoire de le nier, tant que subsiste une menace aux frontières. C’est ce que signifie le texte signé hier à Bruxelles.