Le premier ministre arménien, Nikol Pachinyan, informe le Parlement d’Erevan, mardi 13 septembre, sur les graves accrochages avec l’armée azerbaïdjanaise. ©AFP - Handout / National Assembly of the Republic of Armenia / AFP
Le premier ministre arménien, Nikol Pachinyan, informe le Parlement d’Erevan, mardi 13 septembre, sur les graves accrochages avec l’armée azerbaïdjanaise. ©AFP - Handout / National Assembly of the Republic of Armenia / AFP
Le premier ministre arménien, Nikol Pachinyan, informe le Parlement d’Erevan, mardi 13 septembre, sur les graves accrochages avec l’armée azerbaïdjanaise. ©AFP - Handout / National Assembly of the Republic of Armenia / AFP
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Résumé

Deux ans après l’arrêt des combats qui avaient tourné à l’avantage de l’Azerbaïdjan, des affrontements ont fait une centaine de morts hier entre les armées d’Arménie et d’Azerbaïdjan. Ce dernier a un rapport de force favorable et profite de l’enlisement russe en Ukraine.

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Les combats se sont cette fois déroulés en territoire arménien, et pas, comme en 2020, dans l’enclave du Nagorno Karabakh, en Azerbaïdjan. 49 morts annoncés côté arménien, une cinquantaine de victimes aussi du côté azerbaidjanais : ce n’est pas un simple incident de frontière.

L’intervention diplomatique russe hier a permis un cessez-le-feu aussitôt violé. Une trêve incertaine était en vigueur depuis octobre 2020. Il y avait eu alors 44 jours de guerre, faisant 6600 morts, et l’Azerbaïdjan avait, de fait, chassé l’Arménie des territoires qu’elle contrôlait depuis trente ans. Mais un cessez-le-feu n’est pas la paix, et celle-ci est toujours aussi difficile à négocier entre les deux anciennes républiques soviétiques.

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Pourquoi ce renouveau des combats ? Chacun accuse l’autre, évidemment, mais on peut se demander s’il ne s’agit pas, au moins en partie, d’une conséquence indirecte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et de son enlisement.

La Russie est en effet le garant de l’Accord de cessez-le-feu, avec des arrangements complexes qui prévoient le déploiement de forces d’interposition russes, des couloirs de circulation protégés, et des négociations. La Russie est en même temps le protecteur de l’Arménie, à laquelle elle est liée par un accord de défense.

Avant l’été, un responsable azerbaïdjanais m’avait confié que la guerre en Ukraine faisait bien l’affaire de son pays. Cette guerre qui semblait déjà devoir durer, accaparait l’attention de la Russie, laissant les mains libres à l’Azerbaïdjan pour imposer ses conditions dans les négociations de paix avec l’Arménie, grâce à un rapport de force inversé.

Autre circonstance favorable, l’Azerbaïdjan est un important producteur de gaz, une denrée en forte demande en ce moment. En juillet, la Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a conclu à Bakou un accord destiné à accroître les livraisons de gaz d’Azerbaïdjan à l’Europe.

Elle avait été critiquée pour ce geste qui affaiblissait un peu plus la position arménienne et faisait peu de cas de la nature autoritaire du régime. Mais on ne peut pas tout avoir, le gaz et la posture morale, semblait répondre la dirigeante européenne.

L’Azerbaïdjan est donc en position de force, car même si la Russie pousse au cessez-le-feu, Moscou n’a pas répondu à l’appel lancé par l’Arménie à l’Organisation du Traité de Sécurité Collective.

Cette alliance régionale à laquelle appartiennent la Russie et l’Arménie, dispose d’une clause d’assistance comparable à celle de l’Otan : une agression contre un membre est une agression contre tous. La Russie l’a ignorée et s’est contentée d’exiger un cessez-le-feu, tout comme la France et les États-Unis.

L’Azerbaïdjan bénéficie de son côté du soutien actif de la Turquie, dont les drones ont joué un rôle décisif dans la guerre de 2020.

Si ces combats devaient servir de test, ils ont montré les limites du rôle de gendarme régional qu’a longtemps assumé la Russie. Un signe de plus de la vulnérabilité de Vladimir Poutine.