A.B. Yehoshua à Paris en 2012, présentant son roman « Rétrospective », qui reçut le prix Médicis cette année-là.
A.B. Yehoshua à Paris en 2012, présentant son roman « Rétrospective », qui reçut le prix Médicis cette année-là.
A.B. Yehoshua à Paris en 2012, présentant son roman « Rétrospective », qui reçut le prix Médicis cette année-là. ©AFP - Bertrand GUAY / AFP
A.B. Yehoshua à Paris en 2012, présentant son roman « Rétrospective », qui reçut le prix Médicis cette année-là. ©AFP - Bertrand GUAY / AFP
A.B. Yehoshua à Paris en 2012, présentant son roman « Rétrospective », qui reçut le prix Médicis cette année-là. ©AFP - Bertrand GUAY / AFP
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Résumé

La disparition du grand écrivain israélien, à 85 ans, marque l’éclipse d’une génération qui s’est battue pour la paix mais a échoué. A.B. Yehoshua ne croyait plus à la solution des deux États, Israël et la Palestine, qu’il a longtemps soutenue.

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Quand un géant disparaît, il nous pousse à revoir sa vie et ses combats. C’est le cas avec Abraham Yehoshua, le grand écrivain israélien mort hier à l’âge de 85 ans. Né en 1936 à Jérusalem, prix Médicis en France en 2012, il appartenait à une génération qui s’éclipse, avec d’autres grands noms de la littérature comme Amos Oz ou Aharon Appelfeld, tous deux disparus en 2018.

C’est véritablement une page d’histoire qui se tourne, car l’Israël, et même le Moyen Orient d’aujourd’hui, n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de cette génération. Yehoshua, qui signait ses livres avec les initiales de son prénom, A.B., ou Alef-Bet en hébreu, fut de tous les combats de son époque ; ceux de la paix comme ceux de la laïcité. Il estimait, à la fin de sa vie, qu’il les avait perdus.

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Comme Amos Oz, ou, dans la génération suivante David Grossman, Abraham Yehoshua s’est opposé à la colonisation des territoires palestiniens conquis en 1967. Parmi les hommages, hier, celui de B’Tselem, l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme, dont il était membre. Elle a salué un intellectuel qui avait « dédié son temps et son énergie à l’égalité, la paix et les droits humains pour tous ».

Abraham Yehoshua a soutenu avec acharnement pendant des années la solution des deux États, Israël et la Palestine ; mais au milieu des années 2010, il est arrivé à la conclusion qu’elle était désormais impossible, avec un demi-million de colons israéliens en Cisjordanie.

Il s’était rallié à l’idée d’un seul État dans lequel vivraient israéliens et palestiniens, ce qui pose d’autres problèmes pour que ses habitants disposent des mêmes droits.

Dans une interview à l’Obs, en 2018, il blâmait pêle-mêle pour cet échec le « chaos proche-oriental », la « passivité de l’Autorité palestinienne », « l’abattement du camp de la paix israélien », mais surtout, bien sûr, la colonisation que tous les gouvernements successifs ont encouragée ou tolérée.

Comment ne pas partager son constat amer lorsque le centre de gravité de la vie politique israélienne s’est déplacé vers la droite dure, et que le gouvernement actuel de Naftali Bennett n’a pas plus d’agenda de paix avec les Palestiniens que son prédécesseur Netanyahou.

La génération de Yehoshua s’est heurtée aux dures réalités du Proche et du Moyen Orient. Le Mouvement de la paix s’est fracassé sur le mur de la violence, de l’absence de confiance, des idéologies et du poids croissant de la religion dans le conflit, ce qui désespérait le très laïque Yehoshua. Il avait des mots très durs à la fois pour Gaza aux mains des islamistes du Hamas, et pour les ultra-orthodoxes juifs et leur influence sur la vie politique et sociale israélienne.

Paradoxalement, Israël a trouvé sa place au Moyen Orient, avec les relations nouées avec les pays du Golfe, sans pour autant se rapprocher d’une quelconque paix avec les Palestiniens.

Le climat international n’aide pas. Joe Biden a annoncé hier qu’il se rendrait le mois prochain en Israël, dans les territoires palestiniens, et en Arabie saoudite ; mais les États-Unis pas plus que les Européens n’ont la moindre intention de peser sur la question palestinienne, elle ne figure plus sur leur écran radar. Abraham Yehoshua l’avait bien compris.