Chine et Inde, l’éternel match des géants d’Asie : ce que disent les chiffres

Xi Jinping et Narendra Modi, les dirigeants chinois et indien, lors de leur rencontre de 2019 ; depuis, les relations se sont tendues.
Xi Jinping et Narendra Modi, les dirigeants chinois et indien, lors de leur rencontre de 2019 ; depuis, les relations se sont tendues. ©AFP - Handout / PIB / AFP
Xi Jinping et Narendra Modi, les dirigeants chinois et indien, lors de leur rencontre de 2019 ; depuis, les relations se sont tendues. ©AFP - Handout / PIB / AFP
Xi Jinping et Narendra Modi, les dirigeants chinois et indien, lors de leur rencontre de 2019 ; depuis, les relations se sont tendues. ©AFP - Handout / PIB / AFP
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La Chine est à la peine, population et croissance économique en berne, alors que l’Inde accélère sur tous les plans. Mais les chiffres d’aujourd’hui ne disent pas tout, et les interrogations sur ces deux géants d’Asie détermineront une partie du monde de demain.

La Chine et l’Inde ont au moins un point commun : ces deux géants d’Asie sont les deux seuls pays au monde à avoir une population qui dépasse le milliard d’habitants. Mais Pékin vient d’annoncer sa première baisse de population, après 60 ans de croissance continue, tandis que l’Inde continue à voir sa population augmenter, pour devenir la première au monde.

Autre comparaison possible : la croissance économique. La Chine nous avait habitués depuis deux décennies à tirer la croissance mondiale avec des chiffres impressionnants. Ce n’est plus le cas, avec un peu plus de 3% en 2022, moitié moins que l’année précédente, et presque la moitié de l’objectif annoncé en début d’année.

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A l’opposé, l’Inde affiche des chiffres de croissance solides, 8,7% en 2021, près de 7% l’an dernier, et un objectif toujours au-dessus de 6% cette année.

Alors, l’Inde a-t-elle trouvé la formule magique de son développement alors que la Chine a perdu la sienne ? La réponse à cette question n’est pas qu’économique, elle est aussi géopolitique, au cœur de la redistribution des cartes à l’échelle mondiale.

Pendant que la Chine décollait, dans les années 90 et 2000, l’Inde était à la peine. Aujourd’hui, elle est suffisamment transformée pour attirer les investissements, dans la technologie, dans les énergies vertes, et même dans les infrastructures qui étaient son point faible, surtout comparé à l’efficacité chinoise.

Le résultat le plus spectaculaire est la baisse considérable du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté ces dernières années. Et ça devrait se poursuivre puisque les experts estiment que l’Inde deviendra la troisième économie mondiale en 2027, en ayant doublé son produit intérieur brut en une décennie.

Pour autant, l’Inde n’a pas réglé tous ses problèmes, et ces progrès restent fragiles. C’est un pays fortement bureaucratique, aux inégalités structurelles, au pouvoir plus dispersé, sur lequel pèsent aussi des contraintes comme la sécheresse, ou le poids du nationalisme hindou du premier ministre Narendra Modi, qui menace la vitrine démocratique tant vantée.

La question n’est pas seulement celle de la rivalité historique de deux géants, qui, de surcroit, se sont déjà fait la guerre. C’est aussi un enjeu d’équilibre mondial.

L’Inde est poussée aujourd’hui comme une alternative à la Chine, qui, après avoir été une locomotive économique pendant plus de vingt ans, souffre aujourd’hui de ses propres choix : sur le covid autant que le raidissement idéologique de Xi Jinping et la confrontation larvée avec les États-Unis.

Emmanuel Macron doit se rendre d’ici à l’été aussi bien en Chine qu’en Inde ; mais dans le premier cas, il s’agit de sauver une relation menacée par le climat de guerre froide, alors qu’en Inde, la France vend des Rafales et des sous-marins, et développe un partenariat étroit.

L’avenir n’est pas écrit : l’Inde pourra-t-elle pérenniser les ingrédients de sa croissance actuelle, et la Chine sortira-t-elle de la zone de tensions dans laquelle elle est entrée ? Une bonne partie du monde de demain dépend de ces deux questions. Les chiffres d’aujourd’hui ne disent pas tout.