Passants à Moscou à côté d’un t-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine et du signe « Z » de l’« opération spéciale » en Ukraine.
Passants à Moscou à côté d’un t-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine et du signe « Z » de l’« opération spéciale » en Ukraine.
Passants à Moscou à côté d’un t-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine et du signe « Z » de l’« opération spéciale » en Ukraine. ©AFP - Alexander NEMENOV / AFP
Passants à Moscou à côté d’un t-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine et du signe « Z » de l’« opération spéciale » en Ukraine. ©AFP - Alexander NEMENOV / AFP
Passants à Moscou à côté d’un t-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine et du signe « Z » de l’« opération spéciale » en Ukraine. ©AFP - Alexander NEMENOV / AFP
Publicité
Résumé

Un éminent commentateur militaire a déclaré à la télévision russe que le pays était isolé et que l’armée ukrainienne était très motivée. Des propos qui tranchent avec la langue de bois habituelle. Dans quel but ?

En savoir plus

Les téléspectateurs russes ont dû avoir un sacré choc lundi, en entendant Mikhaïl Khodaryonok, un des principaux commentateurs militaires, leur dire des vérités dérangeantes sur la guerre en Ukraine. Cet ancien officier formé à l’époque soviétique, participait à l’un de ces débats télévisés où l’on fait surenchère de patriotisme, où l’on menace Paris et Berlin de missiles nucléaires, où tout détracteur de la Russie est forcément un nazi.

Lundi soir, le colonel à la retraite a rompu avec cette langue de bois pour dire brutalement : « nous sommes dans un isolement géopolitique total, le monde entier est contre nous, même si nous ne voulons pas l’admettre ».

Publicité

« Ne nous voilons pas la face, a-t-il ajouté. Parfois des informations sont diffusées sur une certaine dégradation morale et psychologique de l’armée ukrainienne. Tout ça est faux ». Selon lui, l’armée ukrainienne est très motivée, et capable de mobiliser un million d’hommes. « La situation ne peut qu’empirer », a-t-il conclu.

C’est évidemment exceptionnel d’entendre ce genre de propos à la télévision russe, dans un pays où il est même interdit de prononcer le mot « guerre » à propos de l’Ukraine.

Il faut déjà écarter un acte de bravoure ou de rébellion. Le colonel Khodaryonok a son franc parler, il avait prévenu avant la guerre que ça ne serait pas la partie de plaisir que beaucoup prédisaient. Mais il n’est pas un dissident.

Le système médiatique russe est désormais trop contrôlé pour permettre une initiative personnelle. On n’est pas dans le cas de figure de la jeune femme qui avait brandi une pancarte lors d’un direct au début de la guerre.

Il faut partir du principe, jusqu’à preuve du contraire, que ces propos sont délibérément livrés au public, après plus de 80 jours où on lui a répété que tout se déroule selon les plans. Si c’est le cas, dans quel but ?

Ce discours réaliste est à rapprocher du fait que les informations sur les revers de l’armée russe commencent à filtrer dans une partie de la population. Hier, la mère d’un marin disparu du navire coulé « Moskva » demandait publiquement des comptes : difficile dans un tel contexte de continuer à dire que tout va bien.

S’agit-il de préparer la suite de la guerre ? C’est une hypothèse dans la mesure où les derniers revers russes, dans la région de Kharkiv et sur le fleuve Donets, contraignent Moscou à revoir ses plans.

Les observateurs de la société russe écartent l’idée un temps avancée d’une mobilisation générale, qui passerait mal dans la population. Mais une campagne de recrutement de réservistes est en cours, qui seront formés et payés, c’est plus discret.

La question reste entière : une fois admis que l’Ukraine n’est pas en train de s’effondrer et que la Russie est isolée, quelles sont les options à la disposition du Kremlin ? Les possibilités d’escalade sont limitées, sauf à sortir du champ conventionnel. 

Quant aux négociations, comme l’a confié le président Zelensky à Emmanuel Macron hier, elles sont au point mort. Vladimir Poutine n’a évidemment pas dit son dernier mot, mais il est condamné à agir pour sortir du piège dans lequel il s’est placé tout seul.