Un soldat ukrainien inspecte la carcasse d’un véhicule militaire russe dans la zone reconquise de la région de Kharkiv. ©AFP - SERGEY BOBOK / AFP
Un soldat ukrainien inspecte la carcasse d’un véhicule militaire russe dans la zone reconquise de la région de Kharkiv. ©AFP - SERGEY BOBOK / AFP
Un soldat ukrainien inspecte la carcasse d’un véhicule militaire russe dans la zone reconquise de la région de Kharkiv. ©AFP - SERGEY BOBOK / AFP
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Résumé

L’annonce de référendums, prélude à l’annexion par la Russie, dans quatre zones occupées par l’armée russe en Ukraine, fait craindre une escalade dès lors que Moscou décrètera qu’il s’agit de territoires russes attaqués par l’armée ukrainienne.

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Depuis les avancées considérables de l’armée ukrainienne, on attendait la réponse de Moscou. Elle est venue hier sous la forme d’une série de référendums ouvrant la voie à l’annexion par la Russie de pans entiers du territoire ukrainien. C’est une escalade politique, et potentiellement militaire majeure dans ce conflit qui dure depuis bientôt sept mois.

Ces référendums, confirmés par Vladimir Poutine dans un discours mercredi matin, se tiendront entre vendredi et lundi dans les deux Républiques séparatistes de Donetsk et Louhansk, dans l’Est de l’Ukraine, dans la région de Zaporijia, là où se trouve la plus grande centrale nucléaire d’Europe, et enfin à Kherson, la ville du sud capturée au début de l’invasion russe.

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La Russie avait déjà procédé de la même manière en 2014 après avoir occupé militairement la Crimée : un référendum suivi d’une annexion que seule une poignée d’États ont reconnue.

Mais cette fois, c’est au cœur d’une guerre sans merci que Moscou organise ces pseudo-référendums qui ne convaincront personne, et ne seront reconnus que par la poignée d’alliés inconditionnels de la Russie, Biélorussie, Syrie, Corée du nord…

Vladimir Poutine trace, à sa manière, une « ligne rouge » pour l’Ukraine et ses soutiens occidentaux. En transformant ces pans d’Ukraine en territoires russes, il les met en garde que ça change la nature du conflit.

Si l’armée ukrainienne continue d’avancer, elle ne reprend plus le contrôle de zones occupées, mais elle agresse la Russie : c’est un peu grossier comme argument, mais ça transforme l’agresseur en agressé, et justifie toutes les escalades, y compris les pires. Au passage, l’« opération militaire spéciale », comme l’appelle jusqu’ici le Kremlin, devient progressivement une vraie guerre. Poutine a déjà annoncé une mobilisation partielle.  Légalement, les soldats ne pourraient plus refuser d’aller se battre sur un territoire devenu national., Le « narratif » russe fait le parallèle avec la « grande guerre patriotique », celle de 1941.

Hier soir, après le durcissement des lois militaires, et avant ce discours de Poutine, la crainte d’une conscription générale animait les réseaux sociaux russes. Certains commençaient déjà à chercher les moyens de quitter le pays avant d’être appelés dans l’armée.

Aussi bien le gouvernement ukrainien que les pays occidentaux ont rejeté ces consultations, menées par une force d’occupation étrangère. « Une provocation », a même commenté Emmanuel Macron à la tribune de l’ONU, dans un discours particulièrement sévère contre ce qu’il a appelé « l’impérialisme » russe.

Il est peu probable que l’armée ukrainienne tienne compte de ces « lignes rouges ». Elle vient d’annoncer la reprise d’une localité dans la province de Louhansk, l’une de celles où se déroulera un référendum. De même, la pression ukrainienne autour de Kherson, une autre ville soumise au vote, ne devrait pas faiblir.

Ce que montre cette annonce, c’est que Poutine, avec une rhétorique anti-occidentale violente, choisit, comme on s’y attendait, l’escalade après ses revers. Lui seul sait jusqu’où il est prêt à aller, mais dans le contexte actuel, ce choix signifie plus de guerre, pas moins. Les Ukrainiens le savent, et ils y sont prêts.