Le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dit MBS, spectateur lors d’un championnat de boxe en 2019.
Le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dit MBS, spectateur lors d’un championnat de boxe en 2019.
Le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dit MBS, spectateur lors d’un championnat de boxe en 2019. ©AFP - Bandar AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP
Le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dit MBS, spectateur lors d’un championnat de boxe en 2019. ©AFP - Bandar AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP
Le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, dit MBS, spectateur lors d’un championnat de boxe en 2019. ©AFP - Bandar AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP
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Résumé

Considéré comme le commanditaire du meurtre du journaliste Jamal Kashoggi à Istanbul, le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, est aujourd’hui en Turquie : l’impunité comme prix à payer pour un rapprochement politique.

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L’heure de l’impunité a sonné. Le journaliste saoudien exilé Jamal Khashoggi a été séquestré, assassiné, puis découpé à la scie dans les bureaux du Consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul : c’était en octobre 2018. Près de quatre ans après, celui qui est considéré comme le commanditaire du meurtre, le prince-héritier saoudien Mohamed Ben Salman, arrive aujourd’hui en Turquie, une étape majeure sur la voie de sa réhabilitation.

En 2018, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait proclamé que la Turquie incarnait « la conscience internationale » dans cette affaire. Il ajoutait que l’ordre de commettre un assassinat politique sur le sol turc était venu « des plus hautes sphères » du pouvoir saoudien.

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La realpolitik a fini par l’emporter. La Turquie a eu besoin de se réconcilier avec l’Arabie saoudite. Soutien des Frères musulmans, Ankara s’est rapproché de ses adversaires idéologiques de la région, les Émirats arabes unis où s’est rendu Erdogan en février, et l’Égypte du maréchal al-Sissi, le tombeur des islamistes. Restait l’Arabie saoudite.

Le prix à payer était d’enterrer l’affaire Khashoggi, condition de la réconciliation après une rupture fracassante. La Turquie, elle-même prédatrice de la liberté de la presse, avait instrumentalisé l’affaire Khashoggi contre le pouvoir saoudien. Elle avait même diffusé l’enregistrement de la mise à mort du journaliste dans un Consulat truffé de micros. Mais ça c’était avant.

Pour satisfaire Ryad, en avril, la justice turque a mis fin au procès par contumace de 26 Saoudiens : la procédure a été transférée … en Arabie Saoudite ! Deuxième étape aujourd’hui, le prince-héritier MBS, comme il se fait appeler, a tapis rouge en Turquie ; tout est oublié.

Il faut dire que la Turquie traverse des difficultés économiques, une monnaie en chute libre, une inflation à 55%, et un besoin d’investissements. L’Arabie saoudite, à l’opposé, profite de la guerre en Ukraine et de la hausse des prix des hydrocarbures : près de 10% de croissance au premier trimestre !

La Turquie n’est pas la seule à réhabiliter le prince : on se souvient de la visite d’Emmanuel Macron en Arabie Saoudite en décembre dernier, il avait été le plus haut dirigeant occidental à serrer la main du prince-héritier depuis l’assassinat du journaliste.

Mais il ne sera pas le dernier. Le Président américain Joe Biden va lui aussi faire un virage à 180 degrés, et serrer à son tour la main du prince lors d’une visite en Arabie saoudite le mois prochain. Realpolitik là encore : Biden a initialement refusé de prendre MBS au téléphone ; et il a rendu public un document secret de la CIA mettant en cause sa responsabilité directe dans le meurtre. Khashoggi, ne l’oublions pas, avait un passeport américain et écrivait dans le « Washington Post ».

Mais la guerre d’Ukraine est passée par là : les intérêts stratégiques américains -pétroliers, sécuritaires, voisinage de l’Iran-, passent par le royaume wahhabite. Le prix à payer est de serrer la main du prince, et d’oublier les beaux discours sur les droits de l’homme.