Erdogan, l’extrême-droite et le Coran : pourquoi la Suède ne peut pas adhérer à l’OTAN

Le president turc Erdogan, hier à Ankara.
Le president turc Erdogan, hier à Ankara. ©AFP - Murat Kula / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Le president turc Erdogan, hier à Ankara. ©AFP - Murat Kula / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Le president turc Erdogan, hier à Ankara. ©AFP - Murat Kula / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Le president turc Erdogan ne donnera pas son accord à l’entrée de la Suède dans l’Otan, après un incident devant l’ambassade turque à Stockholm, au cours duquel un militant d’extrême-droite a brûlé un Coran. Le contexte électoral turc n’y est sans doute pas étranger.

Il y a dans cette affaire tous les ingrédients de notre époque : la toile de fond de la guerre en Ukraine, les ambitions démesurées d’un autocrate, l’opportunisme d’un démagogue d’extrême droite, l’islamophobie… Et à l’arrivée, un pays, la Suède, qui est bloqué dans son adhésion à l’Otan, là où il n’y aurait dû y avoir qu’une formalité.

Au printemps dernier, sous le choc de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, la Suède, et la Finlande, deux pays neutres du nord de l’Europe, décident de demander leur adhésion à l’Otan. Pour la Suède, c’est un virage majeur : le royaume était neutre depuis plus de cent cinquante ans.

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Très vite, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan soulève des objections : elle pose comme condition que la Suède cesse d’abriter les opposants kurdes chez elle. Rien à voir avec l’Otan et l’Ukraine, mais tout avec l’agenda électoral d’Erdogan, en campagne pour la présidentielle turque de mai prochain. Pour surmonter ce blocage, la Suède aurait dû céder sur sa tradition d’asile.

C’était déjà mal parti, avant la surenchère de l’extrême droite nordique.

Une fois de plus, il y a toujours un extrémiste prêt à profiter d’un climat de crise pour l’aggraver, dans une vision de choc civilisationnel. Rasmus Paludan, leader d’un parti d’extrême-droite danois, qui a également la nationalité suédoise, a participé à une manifestation cette semaine devant l’ambassade turque à Stockholm - et il a brûlé un Coran.

Ce geste, dont on voit mal en quoi il était pertinent dans le contexte de l’adhésion de la Suède à l’Otan, a transformé la nature de la crise. Elle est devenue une énième version du débat liberté d’expression contre accusation de blasphème, qui a l’art de conduire dans une impasse.

Paradoxalement, le geste du dirigeant d’extrême-droite était un cadeau fait à Erdogan. Le leader turc pouvait ainsi se draper dans la dignité du défenseur de l’islam, un statut valorisant en pleine campagne électorale. Surtout l’année du centenaire de la proclamation de la République par Kamal Ataturk, sur les décombres de l’empire ottoman : les symboles ont leur importance.

La première conséquence est que la Suède ne va pas pouvoir adhérer à l’Otan dans l’immédiat. La Turquie a signifié qu’elle ne donnerait pas son feu vert dans ces conditions, même si tous les autres membres de l’Alliance ont donné leur accord.

Cette affaire ne sera certainement pas résolue avant les élections turques, en mai. Dans un contexte économique de crise, Erdogan joue une partie délicate, et il ne fera aucune concession d’ici là ; d’autant que le président turc tient à ses bonnes relations avec Poutine, ça tombe bien.

La Finlande, l’autre candidat qui avait déposé son dossier en même temps que la Suède, pourrait donc adhérer seule, dans un premier temps. Ça ne change pas grand-chose à l’équation stratégique dans cette partie de l’Europe, mais empêche l’Otan tente de présenter un front uni face à Vladimir Poutine.

Une fois de plus, Erdogan joue sa partition tout seul, sans se soucier de ses alliés supposés de l’Otan : il est un habitué de la disruption, personne n’en sera réellement surpris.