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Résumé

Le Prince héritier d'Arabie saoudite sera à Paris ce jeudi pour sa première tournée européenne depuis l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Un balai diplomatique parfaitement chorégraphié pour le "blanchir".

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Le prince héritier d’Arabie saoudite a commencé hier une tournée européenne…

C’est la 1ère fois depuis 2018 que Mohammed Ben Salmane se rend en Europe. En clair, depuis qu’un escadron de la mort, autorisé par Son Altesse, a supprimé puis désossé à la scie le journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul.

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Quatre années de purgatoire auront donc été nécessaire pour effacer l’horreur de cette exécution. Mais comme le crime est indiciblement barbare, il a tout de même fallu prendre quelques précautions avant de recevoir le prince-assassin.

Il a fallu procéder par étapes avant d’en arriver à cette apothéose pour Mohamed Ben Salmane, dit MBS, qui consistera à être reçu jeudi à Paris. Et pour cela, on peut toujours compter sur les amis grecs…

Il est radioactif Mohammed ben Salmane, il a donc fallu imaginer une sorte de sas avant son arrivée à Paris. Or, le Premier ministre grec M. Mitsotakis a bien voulu rendre ce petit service à Paris. Un service de… décontamination en somme !

Bien sûr, officiellement, il n’en est rien : l’Arabie Saoudite et la Grèce vont parler hydrogène et télécommunications. Mohammed ben Salmane signera des tas de protocoles de coopération fructueuse entre deux « allés stratégiques ».

Mais ce détour par Athènes aura surtout l’avantage d’épurer la surprise et le malaise que ne manquera pas de susciter cette tournée européenne. La date n’est pas non plus un hasard : au cœur de l’été, les polémistes sont en vacances.

Cette visite vient après celle de Joe Biden en Arabie saoudite

C’est vrai que sans le « fist bump » - le salut point contre point que Joe Biden a échangé avec MBS, rien n’aurait été possible. Il a donc fallu que le Président des Etats-Unis ravale son mépris et avale son chapeau pour que l’Europe suive.

Il aura fallu aussi le pardon du président du pays le plus humilié dans cette sombre histoire de crime d’État, à savoir la Turquie d'Erdogan : fin avril, le président turc s’est rendu en Arabie saoudite, fin juin MBS lui rendait la pareille à Ankara.

Bref, un balai impeccablement orchestré pour réintroduire le prince héritier d’Arabie saoudite sur la scène diplomatique occidentale : d’Ankara à Djeddah en passant par Athènes et le tout, pour finir en majesté à Paris.

"Blanchir" un partenaire indispensable

Nous n’avons pas le choix ! Depuis des mois, les Etats-Unis et l’Europe pressent l’Arabie saoudite de mettre sur le marché les 2 à 3 millions de barils de pétrole supplémentaire pour compenser l’or noir russe dont l’Occident s’est privé.

Et depuis des mois, MBS temporise, prétexte des engagements internationaux, oublie de rappeler Joe Biden… Bref, fait monter les enchères : Il veut le beurre des prix élevés du pétrole et le sourire de la crémière parisienne. Voilà pour l’ironie.

La réalité, c’est qu’il faut tout faire pour faciliter l’hiver prochain en Europe et que, si pour y parvenir, il faut dérouler un tapis rouge parisien au brutal prince héritier d’Arabie Saoudite… il est du devoir d’un chef d’État de s’y résoudre.

Références