Le Président américain Joe Biden et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez hier à Madrid, juste avant l’ouverture du Sommet de l’Otan. ©AFP - GABRIEL BOUYS / AFP
Le Président américain Joe Biden et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez hier à Madrid, juste avant l’ouverture du Sommet de l’Otan. ©AFP - GABRIEL BOUYS / AFP
Le Président américain Joe Biden et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez hier à Madrid, juste avant l’ouverture du Sommet de l’Otan. ©AFP - GABRIEL BOUYS / AFP
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Résumé

Les dirigeants des alliés des Américains dans la zone Asie-Pacifique ont été invités au Sommet de l’Otan à Madrid, traduisant l’obsession chinoise des États-Unis. Les Européens préfèrent se concentrer sur la menace russe.

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Ce sont des invités incongrus à un sommet de l’Otan : des dirigeants de pays de la région Asie-Pacifique -Japon, Corée du Sud, Australie et Nouvelle Zélande- sont présents à Madrid pour ce qui s’appelle encore Organisation du traité de l’Atlantique nord. Inutile de chercher bien loin l’explication, elle tient en un seul mot : Chine.

En pleine guerre d’Ukraine, le Sommet de Madrid a finalement pu accueillir hier la Suède et la Finlande au sein de l’Otan. Mais les États-Unis ne perdent néanmoins jamais de vue leur obsession à « contenir » la Chine, véritable menace du XXI° siècle selon eux. A Madrid, la Chine ne sera donc jamais très loin.

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Dans la dernière ligne droite conduisant au Sommet, c’est d’ailleurs un des points sur lesquels il y a eu débat dans la rédaction du nouveau Concept stratégique soumis à l’approbation des 30 États-membres. Certains Européens, la France en particulier, veulent éviter que l’Otan ne soit embarquée dans la stratégie américaine vis-à-vis de Pékin.

A l’arrivée, la Chine fait donc bien son entrée dans ce document final de l’Otan, mais comme un « défi », pas comme une « menace » : il y a plus qu’une nuance !

Il n’y a pas volonté américaine explicite d’étendre l’Otan à l’Asie, mais les États-Unis reproduisent sans le dire leur stratégie d’alliances de la guerre froide contre l’URSS. Aukus, Quad, IPEF, PGI… autant de sigles qui correspondent à des structures militaires, politiques ou économiques visant la Chine.

L’Otan n’a pas pour vocation d’intervenir en Asie, mais les États-Unis ont une stratégie globale face à la Chine dans laquelle l’Alliance atlantique doit prendre sa place. La Chine ne s’y trompe pas, qui accusait, hier encore, l’Otan de vouloir « empoisonner la paix mondiale » et "déverser en Asie les égouts de la guerre froide"... Pour Pékin, Washington cherche à créer une « branche asiatique » de l’Alliance, déjà accusée d’être à l’origine de la confrontation en Ukraine.

C’est la situation que ne veulent pas vivre les Européens : être engagés sur deux fronts à la fois, alors que la Russie leur apparaît comme la menace principale de l’heure.

L’Otan a de surcroit suffisamment à faire en Europe. A Madrid, doit être annoncé un plan extrêmement ambitieux pour faire passer de 40.000 à 300.000 hommes le total des forces de déploiement rapide mobilisables sur le continent. C’est un saut énorme pour lequel les armées européennes sont loin d’être prêtes.

Mais les États-Unis sont une puissance globale qui fait face aujourd’hui au double défi russe et chinois de remise en question de l’ordre international. Les Européens sont pour leur part plus préoccupés par la Russie, redevenue menace militaire ; alors que la Chine, plus lointaine, est classée au rang de rival, de concurrent ou de partenaire selon les sujets.

Ce débat se déroule beaucoup plus dans les coulisses qu’en public ; d’autant que les événements d’Ukraine prennent évidemment le dessus. La déclaration du porte-parole russe, hier, disant que la guerre ne prendra fin que par la reddition des Ukrainiens est un message provocateur adressé à l’Otan. L’heure est donc à l’unité face à une menace qui ne faiblit pas.