Mette Frederikse, la première ministre social-démocrate danoise, embrasse Jakob Ellemann-Jensen, leader du parti libéral, à l’annonce des premiers résultats. ©AFP - Philip Davali / Ritzau Scanpix / AFP
Mette Frederikse, la première ministre social-démocrate danoise, embrasse Jakob Ellemann-Jensen, leader du parti libéral, à l’annonce des premiers résultats. ©AFP - Philip Davali / Ritzau Scanpix / AFP
Mette Frederikse, la première ministre social-démocrate danoise, embrasse Jakob Ellemann-Jensen, leader du parti libéral, à l’annonce des premiers résultats. ©AFP - Philip Davali / Ritzau Scanpix / AFP
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Résumé

Après la Finlande et la Suède qui veulent rejoindre l’Otan, c’est le Danemark qui vote pour participer à l’Europe de la défense dont il s’était exclu. Un signe de l’impact de la guerre d’Ukraine qui fait grandir l’Europe, mais lui pose aussi de sérieux défis.

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Le célèbre chroniqueur du « New York Times » Tom Friedman a fait cette semaine une surprenante autocritique. Il a écrit qu’il avait supposé que l’Europe, après son émotion initiale face à l’invasion de l’Ukraine, reprendrait vite le chemin de ses habitudes avec la Russie. Après un séjour en Europe il s’exclame : « J’ai eu tort », et il l’écrit même trois fois pour qu’on comprenne bien.

La surprise de ce journaliste américain est en fait celle des Européens eux-mêmes. S’il faut toujours se méfier des jugements trop hâtifs du style « plus rien ne sera comme avant », la guerre d’Ukraine a assurément un impact plus profond qu’on ne l’imaginait au début.

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Dernier signe de l’onde de choc, le résultat du référendum cette semaine au Danemark : les deux tiers des Danois souhaitent que leur pays rejoigne l’Europe de la défense. Le Danemark avait activé une clause d’exclusion sur les questions de défense lors de l’adoption du traité de Maastricht en 1992. Trente ans plus tard, la guerre d’Ukraine l’amène à changer brutalement de cap.

Cette décision est à rapprocher de celle de la Finlande et de la Suède de renoncer à leur neutralité et de demander à adhérer à l’Otan, là encore des virages historiques.

Côté positif, il y a incontestablement une prise de conscience d’un bout à l’autre de l’Europe de la nécessité d’exister en tant que puissance, un mot tabou dans certains pays, pour défendre les intérêts collectifs des Européens. On est loin de la simple zone de libre échange dont rêvaient autrefois les Britanniques.

L’Europe, on le sait, n’avance que par crises. Le Covid a révélé de nombreuses faiblesses de l’Union, et les « 27 » sont sortis par le haut de la crise en créant le fonds de relance avec une part d’emprunt commun pour la première fois ; il en va de même avec la guerre d’Ukraine qui fait changer de braquet l’Union européenne sur les questions de défense et de souveraineté. Mais ce bond en avant s’accompagne de défis considérables.

Le principal défi est celui de la cohésion. Plus cette guerre se prolongera, plus elle mettra à rude épreuve l’unité des « 27 », ou plutôt des « 26 », car il faut déjà mettre à part le cas de la Hongrie de Viktor Orban, un front du refus à elle seule.

Mais parmi les autres, on a déjà senti lors du sommet de Versailles, en mars dernier, des tensions entre les pays du flanc Est, plus proches de la menace russe, et ceux de l’Ouest du continent. Ces contradictions risquent de se faire sentir dans le compte à rebours jusqu’au prochain Conseil européen, fin juin, qui doit étudier la candidature de l’Ukraine, et la proposition française de Communauté politique européenne.

Ces deux sujets qui divisent cristallisent les nouveaux rapports de force internes à l’Union et seront le révélateur de sa capacité à définir en commun une stratégie de moyen et long terme pour l’ensemble du continent, Ukraine et Balkans inclus. Tous les éléments sont réunis pour que l’Europe sorte renforcée de cette épreuve collective qui est appelée à durer ; à condition toutefois de ne pas laisser le virus de la division l’emporter – c’est tout ce que souhaite Vladimir Poutine.